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 Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis

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abou roumaysa
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MessageSujet: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Mer 15 Juin - 4:31

Ibn Taymiyya, Les Tatars Et Les Pseudo-Salafis


Traduction intégrale de la Fatwa du Shaykh de l'Islam Ibn Taymiyya sur le Statut des Tatars

Traduit de l'arabe par Yahya Michot

Les annotations et commentaires ne sont pas ceux d'Ibn Taymiyya mais ont été ajouté par le traducteur. Par ailleurs, nous avons également ajouté d'autres commentaires afin de mettre en rapport le contexte de notre l'époque. Nous avons également mentionné un diagramme représentant la situation des Tatars, des Mamelouks et des gouverneurs des pays «musulmans» de notre époque, et reproduit la fatwa dans son intégrité en arabe



Note introductive : Le texte présenté a pour objectif de démontrer que la situation des Tatars à l'époque de l'imam Ibn Taymiyya - qu'Allah sanctifie son âme - est similaire à celle des gouverneurs contemporains des pays arabes s'affiliant à l'Islam. Les notes en bas de page sont ceux du traducteur (Yahya Michot) et ceux qui sont en rouge sont ceux d'Abou Roumaysa.




Abréviations

i.e. : du latin id est signifiant « c'est-à-dire »

e.g. : du latin exempli gratia signifiant « par exemple »

c.f. : du latin confer signifiant « voir » , « se reporter à »

ob. : du latin obiit signifiant « mort »

in : dans

t. : tome

p. : page

éd. : édition

art. : article

nouv. : nouvelle

enc. : encyclopédie

trad. : traduction

et alii , expression latine signifiant « et les autres »

salla llahou 'alayhi wa sallam : Qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix



Les dates sont mentionnées selon les calendriers hégirien et grégorien

H : calendrier hégirien
G : calendrier grégorien





Bibliographie



Majmou' Al-Fatâwa du Shaykh de l'Islam Ibn Taymiyya, édition 'A. R. ibn M. Ibn Qâsim , 37 tomes, Maktaba Al-Ma'arif, Rabat (Maroc), 1401 H / 1981 G – édition du roi Khalid.

Minhâj As-Sounna An-Nabawiyya fi naqdh kalâm ach-chî'a wa al-qadariyya du Shaykh de l'Islam Ibn taymiyya, 4 tomes, Al-Amriyya, Boulaq, 1321 H / 1903 G, réimpression anastatique, Dâr Al-Fikr, Beyrouth (Liban), 1400 H / 1980 G.

Al-Bidâya wa An-Nihâya d'Ibn Kathir, édition A. Abou Moulhim, F. As-Sayyid, 'A. N. 'Atawi,
M. Nâsir Ad-Dîne A. 'Abd As-Satir, 14 tomes en 8 volumes, Le Caire (Egypte), Dâr Ar-Rayyân lil Tourath, 1408 H / 1988 G.

Al-Mousnad de l'imam Ahmad Ibn Hanbal, 6 tomes, Al-Bâbi Al-Halabi, Le Caire (Egypte), 1313 H,
1896 G, réimpression anastatique, Al-Maktab Al-Islami, Beyrouth (Liban), 1403 H / 1983 g.

Encyclopédie de l'Islam
Première édition : T. I, II, E. J. Brill, Leyde- A. Picard, Paris 1913 G, 1927 G; t. III, IV, Supplément, E. J. Brill, Leyde- C. Klincksieck, Paris (France), 1936 G, 1934 G, 1938 G.


Nouvelle édition : T. I, E. J. Brill, Leyde- G. - P. Maisonneuve, Max Besson, Paris, 1960 G, t. II, III, IV, V, Supplément, E. J. Brill, Leyde- G.-P. Maisonneuve & Larose, Paris (France), 1965 G, 1971 G, 1978 G, 1986 G, 2006 G, en cours.

Al-Jâmi' As-Sahih de l'imam Al-Boukhâri, 9 tomes, Boulaq, Al-Matba'a Al-Koubra Al-Amriyya, 1311 H/1893 G – 1313 H/1895.

Al-Jâmi' As-Sahih de l'imam Mouslim, 8 tomes, Constantinople, 1334H/1916G- Reproduction anastatique : Beyrouth (Liban), Al-Maktab At-Tijâri lil-Tibâ'a wa Al-Nachrwa At-Tawzi'.

Ousd Al-Ghâba fi Al-Ma'rifa As-Sahâba d'Ibn Athir, 5 tomes, Le Caire (Égypte), 1280 H / 1863 G- Réimpression anastatique : Beyrouth (Liban), Dâr Ihyâ' At-Tourath Al-'Arabi.





à suivre...


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abou roumaysa
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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Jeu 16 Juin - 17:41

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
(1ère partie)




Question :

Que disent les maîtres, les savants, les imams de la Religion – qu'Allah soit satisfait de l'ensemble d'entre eux et qu'Il les aide à exposer la claire réalité et à découvrir les masses déferlantes et des déviationnistes – à propos de ces Tatars qui avancent vers le Cham (Grande Syrie) une fois après l'autre alors qu'ils ont prononcé les deux témoignages de la foi, se réclament de l'Islam et n'en sont pas restés à la mécréance dont ils faisaient profession au départ ? Faut-il les combattre ou non ? Quelles sont les doctrines des savants à ce propos ? Quel est l'argument qui impose de les combattre ? Quel est le statut de ceux qui, de l'armée des Musulmans, ont fui vers eux et sont avec eux – les émirs et les autres ? Quel est le statut de celui, par la contrainte, ils font attaquer avec eux ? [1] Quel est le statut de ceux qui sont avec leur armée, parmi ceux qui se réclament de la science, de la jurisprudence, de l'indigence (spirituelle), du soufisme et de choses pareilles ? Que dira-t-on de qui prétend qu'ils sont musulmans, que ceux qui les combattent, que les uns et les autres sont injustes et qu'il ne combattra avec aucun d'eux ? [Que pensera-t-on ] des dires de celui qui prétend qu'on les combattra comme ont été combattus ceux qui dépassaient les bornes (boughât) en se livrant à des interprétations ? [2] Quel est le devoir incombant à leur propos à la communion des Musulmans – aux gens de la science et de la Religion, aux combattants et aux propriétaires de biens ? Donnez-nous une fatwa à ce sujet, au moyen de réponses élaborés et exhaustives. Leur affaire fait en effet problème à beaucoup des Musulmans ou, même, à la plupart d'entre eux, tantôt du fait de la méconnaissance de leur situation, tantôt du fait de la méconnaissance de ce qu'Allah le Très-Haut et Son Messager – que la bénédiction et la paix d'Allah soient sur lui- statuent à propos de leurs pareils. Allah est Celui qui rend facile tout bien, par Sa puissance et par Sa miséricorde. Il est puissant sur toute chose. Lui nous suffit, et quel excellent garant ! [3]


Réponse :

- La louange est à Allah, répondit Ibn Taymiyya. Oui, il faut combattre ces gens en vertu du Livre d'Allah, de la Sounna de Son Messager et de l'accord des imams des Musulmans. Ceci repose sur deux fondements : l'un, la connaissance de ce qu'Allah statue à propos de leurs pareils.
Pour ce qui est du premier [fondement], toute personne qui est en contact avec ces gens connaît leur situation, et celui qui n'est pas en contact la connaît grâce à ce qui lui parvient comme informations récurrentes et comme informations des gens véridiques. Nous, nous évoquons la plupart de leurs affaires après que nous aurons exposé l'autre fondement [4], que les gens possédant de la science de la Loi islamique ont en propre de connaître.

Tout groupe, dirons-nous, qui se soustrait à une des Lois, manifestes et récurrentes, de l'Islam, il faut le combattre, en vertu de l'accord des imams des Musulmans,même s'il prononce les deux témoignages de foi et s'abstiennent des cinq prières, il faut les combattre jusqu'à ce qu'ils prient; s'ils s'abstiennent
de verser l'aumône, il faut les combattre jusqu'à ce qu'ils la versent. Et de même s'ils s'abstiennent de jeûner le mois de Ramadan ou d'accomplir le pèlerinage de l'Antique Maison [5]. De même aussi s'ils s'abstiennent d'interdire les abominations, ou la fornication, ou les jeux de hasard, ou le vin, ou d'autres d'entre les choses interdites par la Loi. De même encore s'ils s'abstiennent de statuer à propos le sang, des biens, des réputations, des contrats de mariage, etc selon ce que statuent le Livre et la Sounna. Et de même s'ils s'abstiennent d'ordonner le convenable et de prohiber le détestable, ainsi que de lutter contre les mécréants jusqu'à ce qu'ils se soumettent ou versent la capitation de la main, en étant humiliés [6]. De même s'ils manifestent des innovations allant à l'encontre du Livre, de la Sounna et de la fidélité des Prédécesseurs de la communauté et à ses imams, par exemple, manifester de l'hérésie à propos des noms d'Allah et de Ses signes, ou traiter de mensonge Sa puissance et Sa décision, ou traiter de mensonge ce que la communion des Musulmans pratiquaient à l'époque des califes biens-guidés, ou invectiver les précesseurs, les premiers d'entre les Mouhâjiroune, les Anssâr, et ceux qui les ont suivis en bienfaisance, ou combattre les Musulmans jusqu'à ce qu'ils s'engagent nécessairement qu'on se soustraie à la Loi de l'Islam, et affaires pareilles.

Allah le Très-Haut a dit :

﴾ وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لاَ تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ لِلّهِ ﴿
﴾ Combattez-les, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de fitna [7], et que la Religion toute entière soit à Allah ﴿
(Sourate 2 – Verset 191)



Quand une partie de la Religion est pour Allah et une autre pour autre qu'Allah, il est nécessaire de combattre de combattre jusqu'à ce que « la Religion toute entière soit à Allah ». Le Très-Haut a aussi dit :


• يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ اتَّقُواْ اللّهَ وَذَرُواْ مَا بَقِيَ مِنَ الرِّبَا إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ ﴿
.فَإِن لَّمْ تَفْعَلُواْ فَأْذَنُواْ بِحَرْبٍ مِّنَ اللّهِ وَرَسُولِهِ وَإِن تُبْتُمْ فَلَكُمْ رُؤُوسُ أَمْوَالِكُمْ
﴾ لاَ تَظْلِمُونَ وَلاَ تُظْلَمُونَ

﴾ Ô les croyants! Craignez Allah; et renoncez au reliquat de l'intérêt usuraire, si vous êtes croyants. •
Et si vous ne le faites pas, alors recevez (fa'dhinoû ) l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de
Son messager. Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne,
et vous ne serez point lésés. ﴿
(Sourate 2 – Versets 278 et 279)



Ce verset est descendu à propos des gens d'Al- Tâ'if [8]. Ils étaient devenu musulmans, priaient et jeûnaient mais se livraient à des transactions usuraires. Allah fit descendre et y ordonna aux croyants d'abandonner ce qui restait de l'intérêt usuraire. « Si vous le ne faites pas », dit-Il, « recevez l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de Son Messager ».On a lu fa'dhanoû, « recevez l'annonce de » [9], et fa'âdhinoû, « annoncez » [10], et chacune des deux significations est correcte. L'usure est la dernière des choses à avoir été interdites dans le Coran. Il s'agit d'argent qui est pris en vertu du consentement des deux parties de la transaction. Si quelqu'un qui ne s'en abstient pas est en guerre avec Allah et Son Messager, comment en ira-t-il, [a fortiori], de quelqu'un qui ne s'en abstiendrait pas des autres choses interdites, dont l'interdiction précéda celle-là et est plus importante ?

Pour ce qui est de combattre les Kharijites, les hadith venant du Prophète – salla llahou 'alayhi wa sallam – abondent, et ils sont récurrents chez les gens possédant la science du Hadith. « Le hadith sur les Kharijites, a dit l'imam Ahmad [Ibn Hanbal], est authentique de dix points de vue. »

à suivre...


___________________

[1] Les Mongols avaient l'habitude de placer des captifs en première ligne et au centre de leurs déploiements, de manière à leur faire essuyer les premières attaques ennemies; voir J.-P. Roux, Histoire, p. 249, 252.

[2] C'est-à-dire des gens ou des groupements qui ont tenté de justifier leurs vues ou agissements par leurs propres interprétation des textes et qu'il n'est pas permis de combattre avant de discuter avec eux pour les raisonner. Selon Ibn Taymiyya (c.f. Majmou' Fatâwâ, t. 28, fatwa n° 2, p. 541), il serait erroné de ranger les Mongols dans cette catégorie car ils ne peuvent se prévaloir d'aucune raison pour justifier leur sauvagerie, totalement contraire à l'Islam. Ils sont pires même que les Kharijites. Ibn taymiyya dit : « Les Kharijites prétendirent qu'ils suivaient le Coran et que ce qui, de la Sounna, allait à l'encontre de celui-ci, il n'était pas permis de le pratiquer. Ceux qui refusèrent de payer l'aumône purificatrice (zakât) [à Abou Bakr], on a rappelé qu'ils dirent qu'Allah avait dit à Son Prophète : « Prélève de leur bien une aumône » ( sourate 9 – verset103), et que ceci s'adressait au Prophète seulement et qu'ils n'avaient donc à la payer à personne d'autre. Ils ne la payaient donc pas à Abou Bakr et ne la lui versaient pas. Les Kharijites possédaient du savoir, pratiquaient l'adoration et les savants discutèrent avec eux comme ils discutèrent avec les Rafidhites (chiites) et les Jahmittes (jahmiyya). Quant à ces Tatars, on ne discutera point avec eux de leur combat contre les Musulmans : s'ils « interprétaient », ils n'auraient pas, en leur faveur, d'interprétations soutenables par quelqu'un doué d'intelligence. » (Majmou' Fatâwâ, t. 28, fatwa 2, p. 542). Quelques excuses d'interprétation peut-on donner aux Tawaghit de notre époque qui gouvernent les pays arabes et/ou « musulmans » ? Ils délaissent la chari'a d'Allah, légifèrent des lois humaines qui contredisent la Loi islamique et les imposent à leurs peuples de gré ou de force. Ils ont adopté des systèmes idolâtres et impies comme la démocratie ou encore le socialisme. Ils sont rentrés dans l'alliance avec les croisés et sionistes, et combattent l'Islam et les Musulmans jour et nuit. Les évènements d'Algérie avec le FIS au début des années 1990 G ou encore l'écrasement militaire de la ville de Hama en Syrie sont des exemples flagrants parmi tant d'autres de cette guerre menée contre l'Islam par ces Tawaghit.

[3] Cf le verset 173 de la sourate 3 :

﴾ وَقَالُواْ حَسْبُنَا اللّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ ﴿
« Allah nous suffit, dirent-ils, et quel excellent garant ! »

[4] À savoir ce qu'Allah statue à propos des gens semblables aux Tatars.

[5] En arabe : al-bayt al-'atîq ( البيت العتيق ). Cf verset 29 de la sourate 22 :

﴾ وَلْيَطَّوَّفُوا بِالْبَيْتِ الْعَتِيقِ ﴿

﴾ Qu'ils accomplissent la circumambulation de l'Antique Maison)


[6] C.f . le verset 29 de la sourate 9 :

قَاتِلُواْ الَّذِينَ لاَ يُؤْمِنُونَ بِاللّهِ وَلاَ بِالْيَوْمِ الآخِرِ وَلاَ يُحَرِّمُونَ مَا حَرَّمَ اللّهُ وَرَسُولُهُ وَلاَ يَدِينُونَ دِينَ الْحَقِّ مِنَ ﴿
﴾ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ حَتَّى يُعْطُواْ الْجِزْيَةَ عَن يَدٍ وَهُمْ صَاغِرُونَ

﴾ Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés)

[7] En arabe : فتنة Ce terme arabe (est polysémique d'un point de vue linguistique et) peut signifier entre autres : tentation, épreuve, trouble, zizanie, etc. Ici, dans ce verset, le mot « fitna » prend un sens conventionnel et signifie la mécréance et/ou le polythéisme.

[8] En arabe : الطائف
C'est une ville située à environ 65 km à l'est de la Mecque. Le nom de cette ville est communément retranscrit en français par Taïf ou Taëf. Selon Moûqatil (c.f. at-tafsir al-kabîr de Fakhr Ad-Dîne Ar-Râzî, vol. 2, p. 279; édition de 1357 H / 1938 G, t. 6, p. 106), quatre frères des Banoû Thaqîf passés à l'Islam lors de la prise d'Al-Tâ'if et qui, après leur conversion, réclamèrent les intérêts usuraires d'un prêt. Selon d'autres sources, ce verset viserait des personnes différentes. Fakh Ad-Dine Ar-Râzî était un savant de l'Islam qui fut bercé dans la théologie spéculative (kalâm) et sa croyance était (celle de la secte) Ach'arite. Il a notamment écrit un exégèse (tafsîr) du Coran ainsi que beaucoup d'autres ouvrages dont certains sont conformes à l'orthodoxie islamique et d'autres pas. Il s'est repenti à la fin de sa vie en revenant à la croyance authentique des Ahl As-Sounna wa Al-Jama'a. L'imam Adh-Dhahabi, qu'Allah lui fasse miséricorde, dans son compendium intitulé « mizan al-'itidâl » dit à propos de Fakhr Ad-Dine Ar-Râzî :

« Il a écrit un livre s'appelant asrar an-noujoûm qui contient de la sorcellerie flagrante ».


[9] Selon Fakhr Ad-Dine Ar-Râzî, ibid., c'est la lecture (coranique) généralement admise.

[10] Selon Fakhr Ad-Dine Ar-Râzî, ibid, c'est la lecture de 'Asim (ob., 127/744) et de Hamza (ob.,159/772).




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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Ven 17 Juin - 2:38

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
2ème partie



Mouslim l'a rapporté dans son (recueil de hadith s'intitulant) Sahih [11], Al-Boukhari en a rapportés trois versions : le hadith de 'Ali [12], d'Abou Sa'id Al-Khoudri [13] et de Sahl Ibn Hounayf [14]. Dans les Sounan [15] et dans les Mousnad [16], il est de nombreuses autres voies selon lesquelles il est rapporté [17]. Pour décrire les Kharaijites, le Prophète – salla llahou 'alayhi wa sallam- a dit ceci : Que chacun de vous dédaigne de prier avec eux, de jeûner avec eux et de réciter le Coran avec eux. Ils le récitent en effet sans qu'il dépasse leur gorge ! Ils sortent de l'Islam comme une flèche sort d'une proie ! Où que vous les rencontriez, tuez-les ! Les tuer entraîne en effet une récompense auprès d'Allah, pour celui qui les tue, le Jour de la Résurrection. Si je les attrapais, je les tuerais assurément comme les 'Ad [18] furent tués [19].» Ces Kharijites, l'émir des Croyants, 'Ali Ibn Abi Tâlib, les a combattus avec ceux des Compagnons qui étaient avec lui et il y eut désaccord des Prédécesseurs de la Communauté, ainsi que de ses imams, sur le fait de le combattre. Ils ne controversèrent pas sur le fait de les combattre comme ils controversèrent sur le fait de combattre le jour (de la bataille du) Chameau et (celle de ) Siffine [20].

On le sait, les Mongols marchèrent pour la première fois sur la Syrie en quatre-vingt-dix-neuf [21]. Ils accordèrent l'aman aux gens et le proclamèrent en chaire à la mosquée de Damas [22]. Et malgré cela ils firent, dit-on, cent mille captifs, ou plus encore, parmi les descendants des Musulmans. À Jérusalem, à Jabal As-Salihiyya (montagne d'As-Salihiyya) [23], à Naplouse, à Homs, à Dârâya [24] et ailleurs, ils firent un nombre de tués et de captifs que nul ne connaît sinon Allah; c'est à tel point qu'on dit qu'ils firent parmi les Musulmans près de cent mille captifs. Ils se mirent à débaucher les meilleures femmes des Musulmans dans les mosquées et ailleurs – ainsi dans la Mosquée Al-Alqsa [25], dans la mosquée des omeyyades, etc. Ils rasèrent la mosquée se trouvant à Al-'Ouqayba [26].

Nous avons observé l'armée des Mongols. Nous y avons vu que la troupe ne priait pas et, dans leur armée, nous avons vu ni muezzin ni imam [27].Tout ce qu'ils ont pris comme biens et descendants des Musulmans, tout ce qu'ils ont détruit comme maisons de Musulmans, nul ne sait sinon Allah. Il y a eu avec eux, en leur empire, que des individus comptant parmi les pires créatures : soit des libres-penseurs (zindiq) [28], hypocrites, ne croyant pas intérieurement à la religion de l'Islam, tels des Rafidhites [29], les Jahmites [30], les unionistes [32] et leurs semblables, soit des individus comptant parmi les débauchés et les plus pervers des hommes. Dans leur pays, malgré les moyens qui sont les leurs, ils ne font pas le pèlerinage de l'Antique Maison. Même s'il en est parmi eux qui prient et jeûnent, ce qui l'emporte chez eux, ce n'est ni la célébration de la prière, ni le don de l'aumône. Ils combattent pour le royaume de Gengis Khân [32]. Quiconque s'engage à leur obéir, ils en font un des leurs amis même s'il s'agit d'un mécréant [33].

Quiconque cesse de le faire, ils en font un de leurs ennemis même s'il compte parmi les meilleurs Musulmans. Ils ne combattent pas pour l'Islam et ils n'imposent ni la capitation ni l'humiliation [34].


à suivre...

_______________________

[11] C.f. Le Sahih de l'imam Mouslim, Zakât , 142-144, 147, 148, 154, 156, 158, 159. (Constantinople, t. 3, p. 110 )

[12] C.f. Le Sahih de l'imam Al-Boukhari, Fadhâ'il Al-Qour'an, bâb 36 (Boulaq, t.6, p.197); Manâqib, bâb 25 (t. 4, p. 200-201); Istitâba, bâb 6 (t. 9, p. 16)

[13] Sa'd Ibn Malik Ibn Sinan...Abou Sa'id Al-Khoudri, un des Compagnons les plus célèbres, transmetteur de très nombreux hadith (ob. 74 H / 693 G); voir Ousd Al-Ghâba d'Ibn Athir, t. 2, p. 290-291. Sur sa version du hadith, voir le Sahih de l'imam Al-Boukhari, Anbiya', bâb 6 (Boulaq, t.4, p. 137); Maghâzi, bâb 61 (t.5, p. 163-164); Istitâba, bâb 6-7 (t. 9, p. 16-17); Tawhid, bâb 23, 57 (t. 9, p. 127, 162).

[14] Sahl Ibn Hounayf Al-Ansâri, un des Compagnons de Badr, ensuite partisan de 'Ali à Siffine
(ob. 38 H / 658 H à Koufa); voir Ousd Al-Ghâba d'Ibn Athir, t. 2, p. 364-365. Sur sa version du hadith, voir le Sahih de l'imam Al-Boukhari, Istinâba, bâb 7 (t. 9, p. 17).

[15]
Les recueils de hadith d'Ibn Mâja (ob. 273 H / 887G), Abou Dawoud (ob. 275 H / 889 G), At-Tirmidhi (ob. 279 H / 893 G) et An-Nisâ'î (ob. 303 H / 915 G).

[16] Les recueils de hadith de l'imam Ahmad (ob. 241 G / 855 H) et Ad-Darimi (ob. 255 H / 869 G).

[17] Voir Concordance d'A. J. Wensinck, t. 3, p. 7, etc.

[18] Tribu antique fréquemment évoqué dans le Coran, notamment dans les versets suivants 65 à 72 de la sourate 7 et les versets 123 à 140 de la sourate 26. Elle fut balayée par une violente tempête pour avoir maltraité le Prophète Hoûd, que sur lui soit la paix.

[19] Ibn Taymiyya donne une version composite de ce hadith.

[20] Selon Ibn Taymiyya, contrairement à ce d'aucuns allèguent, le conflit de l'il-khanât avec le sultanat ne peut être comparé à la lutte qui opposa au calife bien-guidée, 'Ali, les partisans d'Aïcha, d'Az-Zoubayr et de Talha lors de la bataille du Chameau en 36 H / 656 G, ou ceux du futur calife omeyyade, Mou'awiya, lors de la batille de Siffine en 37 H / 657 G. Lors de ceux deux batailles, il fut effectivement possible aux croyants de choisir l'un ou l'autre camp, ou de rester neutres, le conflit ayant pour seule source, chez les adversaires de 'Ali, le refus d'obéir à un imam déterminé ou la volonté de s'attaquer à son leadership et d'y mettre un terme. Quand, par contre, les Tatars de Ghâzan attaquent le sultanat, ce n'est pas par révolte contre un imam particulier mais, selon Ibn Taymiyya, par sortie pure et simple de la Voie de l'Islam à laquelle ils viennent soit-disant de se convertir; en témoignent à suffisance leurs multiples manquements vis-à-vis des exigences de la Loi religieuse et leur inexcusable sauvagerie. Si, pour définir la position à adopter face à eux, on cherche dans l'histoire des premiers temps de la communauté musulmans un événement de valeur paradigmatique, ce n'est donc pas aux batailles du Chameau et de Siffine qu'il faut se référer mais, plutôt, à la répression des Kharijites par le même 'Ali, à la guerre déclarée par le Coran aux musulmans d'Al-Tâ'if continuant à pratiquer l'usure ou, encore, à celle menée par Abou Bakr, le premier calife, contre ceux qui refusaient de lui verser l'impôt canonique (zakât). Dans ces trois cas, il y eut sortie manifeste de la Voie de l'Islam par abandon de l'une ou l'autre de ses prescriptions et, partant, licéité du sang des transgresseurs, nécessité de les combattre quand bien même, prononçant la profession de foi musulmane, ils passaient pour Musulmans. Le crime des Mongols est même plus grave que celui des Kharijites, etc. dans la mesure où, contrairement à ceux-ci, ils ne peuvent invoquer interprétation particulière de la religion pour tenter de se justifier.

[21] Du point de vue mongol, tel que représenté par Rachîd Ad-Dine, cette invasion fut décidée à la suite de plaintes des populations du sud de l'Asie mineure, notamment de Mardin, relatives aux « agissements détestables » des Syriens à leur encontre. Il y aurait notamment eu, durant le mois de Ramadhan, des orgies « avec les filles des Musulmans » et des beuveries dans les mosquées ! Si le « pâdishah de l'Islam » attaque le sultanat Mamelouk, c'est donc pour « protéger l'Islam » et « repousser le mal oppresseur ». Il peut par ailleurs se prévaloir d'une fatwa allant en ce sens reçu des « imams de la religion et des savants de l'Islam » ( voir Geschichte de Rachid Ad-Dine, p. 124-125; cf. aussi Histoire des Mongols depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan de C. D'Ohsson, 4 tomes, Van Cleef, La Haye-Amsterdam, 1834-1835 G, t.4, p. 207-208, 227. Comparez la ruse des Tatars avec celle des gouverneurs des pays arabes/et ou « musulmans » de notre époque qui combattent l'Islam authentique sous prétexte de se prémunir contre le danger de l'extrémisme, du radicalisme, du fanatisme et de l'obscurantisme. De même que leur prétexte de vouloir promouvoir « un islam de tolérance, des lumières et d'ouverture ». Rachid Ad-Dine était un savant du mal qui s'est rangé du côté des Tatars et défendaient leur politique.

[22] Le samedi 8 du mois de Rabi' II en l'an 699 de l'hégire, soit le 2 janvier 1300 G (cf. Al-Bidâya wa An-Nihâya d'Ibn Kathir, t. 14, p. 8-9).

[23] Faubourg de Damas, sur les pentes du mont Qâsiyoûn. « Ensuite, les Tatars escaladèrent la montagne de Salihiyya; ils y commirent toutes sortes d'horreurs, qu'il serait trop long de narrer par le menu, en énumérant les pillages, les ruines, les prisonniers qu'ils y firent » ( Histoire d'Ibn Abi Al-Fadhâ'il, trad. Blochet, t. 14, p. 655; cf. aussi Histoire de C. D'Ohsson, t. 4, p. 253). Ibn Taymiyya interviendra personnellement auprès du « shaykh des shakyks » de la cour mongole pou faire cesser ces massacres ( voir Al-Bidâya wa An-Nihâya
d'Ibn Kathir, t. 14, p. 9), lors de ces massacres d'As-Salihiyya, les Mongols firent environ quatre cents morts.

[24] Grand bourg des environs de Damas, dans la Ghoûta. Selon Ibn Kathir, « les gens s'étaient réfugié dans la mosquée, les Mongols l'ouvrirent par la force tuèrent beaucoup d'entre eux et capturèrent leurs femmes et leurs enfants » ( cf. Al-Bidâya wa An-Nihâya d'Ibn Kathir, t. 14, p. 10).

[25] « Les Tatars poussèrent ensuite un raid contre Jérusalem et contre la ville de Khalil. Ils massacrèrent les Musulman et les nazaréens qui se trouvaient dans ces deux villes; ils burent du vin dans le Al-Haram Ach-Charif; ils emmenèrent les jeunes hommes et les jeunes filles en captivité; il est impossible de dénombrer les atrocités, les destructions, les pillages qu'ils commirent, les prisonniers, enfants et femmes, qu'ils conduisirent en esclavage » (cf. Histoire d'Ibn Abi Al-Fadhâ'il, trad. Blochet, t. 14, p. 667). Les troupes mongoles commettent donc les mêmes crimes que ceux dont Rachid Ad-Dine (cf. note [21]), dans son exposé des raisons de l'invasion de 699 H / 1299-1300 G, accuse les Mamelouks.

[26] Faubourg au Nord-Ouest de Damas. « Ils mirent le feu à la grande mosquée (…), dans laquelle l'incendie exerça ses ravages durant plusieurs jours, et dont le minaret s'écroula ( cf. Histoire d'Ibn Abi Al-Fadhâ'il, trad. Blochet, t. 14, p. 658). Il s'agissait de la mosquée « At-Tawba » (cf. Al-Bidâya wa An-Nihâya d'Ibn Kathir, t. 14, p. 9). Ibn Kathir attribue partiellement la responsabilité de ces massacres et destructions aux nazaréens géorgiens et arméniens qui accompagnaient l'armée tartare (ibid.). « Le lundi, dixième jour du mois (10 Rabi' II 699 H / 4 janvier 1300 G), les Tatars se rapprochèrent de la ville; leurs troupes cernèrent la ghouta de tous les côtés, s'y livrant à toutes sortes d'excès, de pillages et d'actions infâmes; ils firent main basse sur les provisions des gens, ils tuèrent nombre d'habitants des villages, et toute la contrée souffrit de leurs déprédations. Personne ne pouvait sortir de la ville; les habitants de Damas contemplait du haut de leurs murailles les pillages, les assassinats, les violations de domicile qui se produisaient dans les localités de la banlieue, telles qu'Al-'Ouqayba, Ach-Chaghour, Qasr Hajjaj, et Hikr As-Soumak » (cf. Histoire d'Ibn Abi Al-Fadhâ'il, trad. Blochet, t. 14, p. 645-646).

[27] « Leur armée englobe des gens mécréants- Nazaréens et associateurs- et des gens qui se rattachent à l'Islam- la troupe de l'armée. Ils profèrent les deux témoignages de foi (chahâda) lorsqu'on le leur demande et vénèrent le Messager mais il n'en est pas, parmi eux, qui prient, sinon très peu. Le jeûne du Ramadhân est plus fréquemment observé parmi eux que la prière. Le Musulman est à leurs yeux plus important qu'un autre, et les vertueux d'entre les Musulmans ont, à leurs yeux, une valeur. Il y a chez eux quelque chose de l'Islam, quelque chose qu'ils vivent de manières disparates. Ce que vit la masse d'entre eux et ce pour quoi ils combattent comporte néanmoins l'abandon de beaucoup des prescriptions de l'Islam ou de la plupart d'entre elles » (cf. Majmou' Fatâwâ d'Ibn Taymiyya, t. 28, fatwa n°1, p. 504-505). On ne peut que constater une similarité dans la description de ces Tatars avec ceux des Tawaghit de notre époque et de leurs soldats. En apparence, on peut observer quelque chose de l'Islam en eux mais de près, il y a de toute une autre réalité.

[28] Un zindiq (pluriel : zanâdiqa) est un hérétique perfide qui cherche à corrompre l'Islam en agissant et pensant à sa manière (en contredisant manifestement les textes sacrés).

[29] Les Rafidhites (en arabe, rawâfidh) constituent la principale branche du chiisme. Il s'agit de ceux qui divinisent et adorent 'Ali, insultent, maudissent et excommunient Abou Bakr, Omar, 'Outhman ainsi que la grande majorité des Compagnons (du Prophète). Ils calomnient également la Mère des Croyants , Aïcha, l'épouse du Prophète, considèrent leurs imams comme étant infaillibles et affirment que ces derniers connaissent le monde invisible. La pratique de la taqiya (la dissimilation de leur croyance) est un principe de leur dogme. L'imam Ibn Taymiyya réfute de manière magistrale la croyance chiite dans son ouvrage « Minhaj As-Souna An-Nabawiyya ».

[30] Les Jahmites (en arabe, jahmiyya) sont ceux qui suivent et s'affilient à Jahm Ibn Safwan. Ce dernier était un zindiq qui reniait les noms et attributs divins. Il est également connu pour d'autres déviations gravissimes. Les Jahmites ont influencé dans une mesure plus au moins grande les sectes Mou'tazilite, Koullâbite, Ach'arite et Matouridite.

[31] En arabe : al-ittihadiyya ( الإتحادية ) , ce sont les partisans wahdatou al-woujoud, « l'unité de l'existence », se réclamant d' Ibn 'Arabi, S. D. Al-Qoûnawi et de A. D. At-Tilimsâni. Ibn Taymiyya considère la thèse (hérétique et impie) de wahdatou al-woujoud comme un des grands dangers menaçant l'Islam à son époque.

[32] Pour l'honnête homme en Occident, Temüjin, dit Gengis Khân (ob. 1227 G), « souverain universel » en langue mongole, le fondateur de l'Empire mongol, conserve jusqu'à nos jours la réputation d'un fléau. Pour l'imam Ibn Taymiyya, c'était une sorte d'anté-Mouhammad, de nouveau Nemrod ou de nouveau Pharaon, pire même que le célèbre Mousaylima La surprise est d'autant plus grande de voir le Shaykh de l'Islam (i.e. Ibn Taymiyya) proposer le gouvernement du conquérant mongol comme exemple de gouvernement « royal ne se réclamant ni d'une confession d'un Livre (révélé) ». Il aurait par exemple pu penser à Platon et à sa République, bien connue des falâsifa (philosophes) arabo-musulmans. Il est vrai cependant que l'État platonicien demeura pour l'essentiel un projet philosophico-littéraire. À l'opposé, Gengis Khân fut le souverain d'un des empires les plus vastes de l'Histoire humaine et, tout « sanguinaire » qu'il ait été et y fit régner un ordre, une discipline et une sécurité célébrés par de nombreux historiens musulmans ou voyageurs européens de l'époque (Plan Carpin, Marco Polo...). La base de cette pax mongolica était le Yasa, une loi née de la volonté du prince et destinée à devenir, en supplantant la loi tribale mongole et les systèmes légaux des peuples conquis, la loi fondamentale d'un empire mondial.

[33] Cf. History d'Al-Jouwayni, trad. Boyle (rendue en français par nous), p. 15 : « Le yasa et la coutume des Mongols veulent que quiconque s'abandonne et se soumet à eux soit sauf et délivré de la terreur et de la disgrâce de leur sévérité. » Le yasa ou yasaq, est un ensemble de lois et ordonnances remontant au grand conquérant (Gengis Khân); cf. D. O. Morgan, The « Great Yâsâ of Chingiz Khân » and Mongol Law in the Ilkhânate, in Bulletin of the School of Oriental and African Studies, Londres, t. XLIX, 1986 G, p. 163-176.

[34] Cf. le verset 29 de la sourate 9 :

قَاتِلُواْ الَّذِينَ لاَ يُؤْمِنُونَ بِاللّهِ وَلاَ بِالْيَوْمِ الآخِرِ وَلاَ يُحَرِّمُونَ مَا حَرَّمَ اللّهُ وَرَسُولُهُ وَلاَ يَدِينُونَ دِينَ الْحَقِّ مِنَ ﴿
﴾ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ حَتَّى يُعْطُواْ الْجِزْيَةَ عَن يَدٍ وَهُمْ صَاغِرُونَ

﴾ Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés)

« Il ne prohibent à personne, dans leur armée, d'adorer ce qu'il veut : soleil, lune, etc. Ou plutôt, ce qui apparaît de leur comportement, c'est que le Musulman est considéré chez eux comme le juste ou comme l'homme vertueux, ou qui en fait spontanément plus, parmi les Musulmans, tandis que le mécréant est considéré chez eux comme un pervers parmi les Musulmans, ou comme celui qui renonce à en faire spontanément plus. » (Majmoû Al-Fâtawâ d'Ibn Taymiyya, t. 28, fatwa n°1, p. 505).

Les gouverneurs des pays arabe et/ou « musulmans » de notre époque ont exactement la même approche des choses que les Tatars : ils ne font aucune distinction entre le mécréant et le musulman et sont tous égaux au regard de leurs constitutions. Voici quelques exemple parmi tant d'autres :

L'article 5 de la constitution du Royaume du Maroc stipule :
« Tous les Marocains sont égaux devant la loi »

L'article 29 de la constitution algérienne stipule :
« Les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d'opinion ou de toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale »

L'article premier de la constitution du Sénégal stipule :
« La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

L'article premier de la constitution mauritanienne stipule :
« La République assure à tous les citoyens sans distinction d'origine, de race, de sexe ou de condition sociale l'égalité devant la loi ».

Les pseudo-salafis ne sont pas sans ignorer que « celui qui ne fait pas de distinction entre le juif, le nazaréen, les mécréants et les musulmans, si ce n’est par la nation, et donne à tous le même statut, c’est un mécréant » (cf. fatwa du Comité permanent pour la recherche scientifique, Arabie Saoudite, Fatâwâ Al-Lajna Ad-Dâ'ima Lil-Bouhouth Al-'Ilmiyya wa Al-Ifta', n° 6310, 1/145).

Bien que ces gouverneurs considèrent en général les Musulmans comme étant des gens justes et vertueux, il n'en reste pas moins qu'au regard de la loi, ils ont les même prérogatives que les mécréants. La mécréance des gouverneurs contemporains (s'affiliant à l'Islam) est aussi clair que celle des Tatars. Ils protègent les monuments (e.g. les mausolées) adorés en dehors d'Allah comme dans les pays du Maghreb en prétextant la nécessité de conserver le patrimoine culturel ou d'autres choses de ce genre. Ils sont indifférents vis-à-vis des sorciers et magiciens alors que l'Islam ordonne de les tuer sans parler de l'horoscope qui est permis dans les journaux. Ils tolèrent toutes les croyances impies comme le marxisme-léninisme, le communisme, le socialisme, la laïcité, la démocratie, l'athéisme, le nationalisme, le patriotisme, le libéralisme, etc. Ils permettent à toute personne de prêcher et de publier ce qu'il veut tant que cela n'est pas en contradiction avec leurs constitutions et lois (humaines). Ils interdisent ce qu'Allah a rendu licite comme l'esclavagisme (au sens islamique du terme), le Jihad offensif ou encore la polygamie. Dans les faits, ils rendent licite ce qu'Allah a rendu illicite comme les commerces publics d'alcool, les discothèques où ont lieu toutes sortes de débauche comme l'adultère et la fornication, la nudité dans les plages, l'usure dans les banques, etc




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abou roumaysa
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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Sam 18 Juin - 0:12

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
3ème partie


Au contraire, le plus loin qu'aillent beaucoup des Musulmans parmi eux, s'agissant des plus grands de leurs émirs et de leurs vizirs, c'est ceci : le Musulman sera auprès d'eux comme n'importe lequel des associateurs, juifs et nazaréens, qu'ils vénèrent. Ainsi le plus grand de leurs chefs venus en Syrie dit-il, alors qu'il s'adressait aux envoyés des Musulmans et tentait de se rapprocher d'eux : « Nous sommes Musulmans [35] » - « Voilà, ajouta t-il , deux très grands signes (âya) venus d'auprès d'Allah : Mouhammad et Gengis Khân » Le plus loin que le plus grand de leurs chefs aille dans sa tentative de rapprocher des Musulmans, c'est donc ceci : juger égaux le Messager d'Allah, celle des créatures qui est pour Lui la plus noble, le meilleur des fils d'Adam, le sceau des Envoyés, et un roi mécréant, associateur, d'entre les plus grands associateurs pour ce qui est de la mécréance, de la corruption et de l'hostilité, du genre de Nabuchodonosor et de ses semblables [36].

Ce que ces Tatars croient, au sujet de Gengis Khân, des choses graves. Ils croient qu'il est le fils d'Allah, à l'instar de ce que les Nazaréens croient au sujet du Messie. Le soleil, disent-ils, engrossa sa mère. Elle se trouvait dans une tente; le soleil était descendu par la fenêtre de la tente et avait pénétré en elle, si bien qu'elle était devenu grosse [37]. Il est su de quiconque a une religion que c'est du mensonge. Et c'est la preuve qu'il s'agit d'un bâtard. Sa mère a forniqué, l'a dissimulé et a prétendu cela afin de repousser d'elle le déshonneur de la fornication. Eux, malgré, font de lui le plus grand Messager auprès d'Allah, vénérant ce qu'il leur a indiqué comme voie (sanna) et prescrit comme loi (chara'a) selon son opinion et son caprice. C'est à tel point qu'ils disent de ce qu'ils ont comme biens : « Voilà ce dont Gengis Khân nous a pourvus. » Ils le remercient
de leurs aliments et de leurs boissons.

Ils jugent licite licite de tuer quiconque est l'ennemi de ce que leur a indiqué comme voie ce mécréant maudit, ennemi d'Allah, de Ses Prophètes, de Ses Messagers, et de Ses serviteurs, les croyants [38].

Le plus loin que celui-ci et ses semblables parmi leurs chefs fussent allés après être devenus musulmans, c'est mettre Mouhammad - salla llahou 'alayhi wa sallam- au rang de ce maudit [39].
Moussaylima le menteur [40], on le sait, fut moins nocif pour les Musulmans que celui-ci. Il prétendit être l'associé de Mouhammad, s'agissant du Message, et, pour cela, les Compagnons le jugèrent licite de le tuer et de tuer ses compagnons, les apostats. Qu'en sera t-il donc de ceux qui, entre autres manifestations de leurs Islam, assimilent Gengis Khân à Mouhammad ? Et si ce n'est pas le cas, alors même qu'ils affichent leur Islam, ils vénèrent l'ordre (qui leur vient) de Gengis Khân, le préfèrent aux Musulmans qui suivent la Loi du Coran et ne combattent pas ces gens qui suivent ce que Gengis Khân a indiqué comme voie comme ils combattent les Musulmans- ou plus grave encore.
Ces mécréants sont vis-à-vis de lui d'une obéissance et d'une docilité totales. Ils lui attribuent leurs biens. Ils le reconnaissent comme député [41]. Ils ne s'opposent pas à ce qu'il leur ordonne, sinon comme celui qui cese d'obéir à l'imam s'oppose à l'imam. Ils font la guerre aux Musulmans et leur témoignent l'hostilité la plus grande. Ils exigent des Musulmans de leur obéir, de leur faire don de leurs biens et de s'engager sur le chemin que leur a imposé ce roi mécréant, associateur, semblable à Pharaon ou à Nemrod [42]et à leurs pareils ou, plutôt même, beaucoup plus grand fauteur de corruption sur terre que ces derniers.
Allah le Très-Haut a dit :




.إِنَّ فِرْعَوْنَ عَلَا فِي الْأَرْضِ وَجَعَلَ أَهْلَهَا شِيَعاً يَسْتَضْعِفُ طَائِفَةً مِّنْهُمْ يُذَبِّحُ أَبْنَاءهُمْ ﴿
﴾ وَيَسْتَحْيِي نِسَاءهُمْ إِنَّهُ كَانَ مِنَ الْمُفْسِدِينَ

﴾ Pharaon était altier sur terre; il répartit en clans ses habitants, afin d'abuser de la faiblesse de l'un d'eux : Il égorgeait leurs fils et laissait vivantes leurs femmes. Il était vraiment parmi les fauteurs de désordre. ﴿
(Sourate 28 – Verset 4)


Ce mécréant-ci a aussi été altier sur terre, cherchant à affaiblir tou ceux qui appartenaient à une confession – les Musulmans, les Juifs, les Nazaréens et ceux des associateurs qui lui étaient opposés- en tuant les hommes et en capturant les femmes, en prenant leurs biens et en faisant périr cultures et progénitures, alors qu'Allah n'aime pas les corrupteurs ! Il fait revenir les gens des voies des Prophètes et des Messagers sur lesquelles ils se trouvent pour qu'ils s'engagent dans ce qu'il a innové : sa voie de l'Âge de l'Ignorance [43] , sa Loi de mécréance [44].



à suivre...
_____________________________________

[35] Dans son Épître au roi de Chypre (cf. Majmou' Al-Fatâwâ, t. 28, p. 617), Ibn Taymiyya, qu'Allah lui fasse miséricorde, parle explicitement du mouqaddam al-moughoûl ghâzân, « Ghâzân, le chef des Mongols ». Comme Th. Raff (Remarks, p. 46), on pourrait dès lors croire que c'est également l'ÎL-Khân qu'il vise ici par l'expression « le plus grand de leurs chefs venus en Syrie », et voir en ce passage une allusion à l'entrevue de Nebek en 699 H / 1299 G. Ce que l'on sait du contexte, de la rapidité et de l'objet de cette entrevue ne semble cependant pas appuyer une telle hypothèse : « Les notables (…) racontèrent qu'ils arrivèrent en la présence du roi Ghazan pendant la nuit; Ghazan était en marche avec ses troupes, ils descendirent de cheval devant lui, et plusieurs d'entre eux baisèrent la terre. Ghazan arrêta son cheval pour écouter ce qu'il voulaient lui dire, et une troupe de Tatars Mongols mit pied à terre devant lui. L'interprète se tint debout, et il engagea la conversation entre les notables et Ghazan, qui leur tint ce langage : « Ce que vous nous demandez au sujet de la capitulation (à accorder à Damas), nous vous l'avons envoyé avant que vous ne veniez pour nous adresser votre requête » (Histoire, Ibn Abi Al-Fadhâ'il, trad. Blochet, t. 14, p. 639).

Les plus hauts officiers ayant accompagné Ghâzân en Syrie sont Qoûtlashâh, son « lieutenant » (nâ'ib; cf. Al-Bidâya wa An-Nihâya d'Ibn Kathir, t. 14, p.10), et Moûlay. On sait que, lorsqu'il reçut Ibn Taymiyya, Moûlay « tint avec le shaïkh une longue conversation » et lui raconta « qu'il avait comme auteur un Musulman du Khorasan » (Histoire, Ibn Abi Al-Fadhâ'il, trad. Blochet, t. 14, p. 669). Quant à Qoûtlashâh (ob. 707 H / 1307 G; cf. D.O. Morgan, art. Koutlough-Shâh Noyan, in Enc. de l'Islam, Nouv. éd., t. 5, p. 559 ), « Ibn Taymiyya (…) narra qu'il avait obtenu une audience de Shihab Ad-Dine Khoutloushah. Le général lui dit qu'il avait un descendant de Tchinkiz-Khan, c'était un homme au visage glabre, qui n'avait jamais eu un poil sur la figure; il comptait à cette époque cinquante-deux ans. Khoutloushah raconta à Taki Ad-Dine (i.e. Ibn Taymiyya) que son ancêtre, Tchinkiz-Khan, était musulman; il lui a dit que tout homme qui refusait d'obéir à ses descendants était un insurgé » (p. 660; voir aussi Remarks de Th. Raff, p. 46). Les titres de Qoûtloushâh et la nature de la conversation rapportée ci-dessus nous poussent à voir dans le lieutenant glabre de Ghâzân « le plus grand des chefs » mongols ici évoquée par Ibn Taymiyya.

[36] Le Nabuchodonosor de la Bible, non mentionné dans le Coran. Voir G. Vajda, art. Bukht-nasar, in Enc. De l'Islam, Nouv. éd., t. 1, p. 1337-1338).

[37] Sur le mythe mongol de la conception immaculé de Gengis Khân évoqué par Ibn Taymiyya, voir La religion des Turcs et des Mongols de J.-P. Roux, « Bibliothèque historique », Payot, Paris, 1984 G, p. 192, 175; Histoire, p. 68-72.

[38] Tous ceux qui se conforment au Livre d'Allah et à la Sounna de Son Messager sont considérés comme étant des hors-lois d'après les constitutions et codes séculiers avec lesquels gouvernent les dirigeants de notre époque parmi ceux des pays « musulmans ». Tout comme pour les Tatars, toute personne qui n'est pas en conformité avec leurs lois forgées est donc susceptible d'être condamné (emprisonnement, peine capitale).

[39] Dans certains pays « musulmans » (de notre époque), on peur observer que si certaines lois s'inspirent effectivement de la chari'a glorieuse de l'Islam, il en reste pas moins que la grande majorité des lois dans ces pays s'inspirent directement du code pénal français, britannique, etc. Mettre au même niveau deux législations radicalement opposé, c'est mettre au même niveau les législateurs de ces lois ! Autrement dit, cela revient à mettre au même niveau Allah et Napoléon !

[40] Moussaylima Ibn Habib, faux prophète des Banoû Hanîfa, tué dans la bataille d'Al-'Aqraba', sous le califat d'Abou Bakr; cf. W. Montgomery Watt, art. Musaylima, in. Enc. de l'Islam, Nouv. éd., t. 7, p. 664-665.

[41] Youqirroûna lahou bi al-niyâba. « Député » d'eux-mêmes ou du Divin ? L'expression est trop concise pour qu'on puisse trancher, et Allah est le plus savant. Sur la dévotion et l'obéissance totales des Mongols à l'égard de leur souverain; voir Histoire de J.-P. Roux, p. 244, qui cite ce témoignage d'un prisonnier mongol des Mamelouks : « Le Mongol est esclave du souverain. Il n'est jamais libre. Son souverain est son bienfaiteur. Je ne le sers pas pour de l'argent. Bien que je sois le dernier des serviteurs de Ghazan, je n'ai besoin de rien d'autre » (p. 244). Voir aussi Remarks de Th. Raff, p. 47.

[42] Le Nemrod de la Bible, qui est sans doute évoqué dans le Coran, sourate 2, verset 258 et sourate 29, verset 24, à propos de l'histoire d'Abraham, puisse la paix être sur lui. Le type même du tyran se voulant maître du monde contre Allah. Voir B. Heller, art. Namrûd, in Enc. De l'Islam, Nouv. éd. , t. 7, p. 953-954.


[43] En arabe Al-Jahiliyya, i.e. l'époque avant l'Islam, celle de l'ignorance et de la mécréance.

[44] Comme c'est le cas pour les gouverneurs des pays « musulmans » de notre époque : ils abrogent les lois du Coran et de la Sounna pour la remplacer par les lois de mécréance semblables à celle de la Jâhiliyya.

Allah le Très-Haut dit :


﴾ أَفَحُكْمَ الْجَاهِلِيَّةِ يَبْغُونَ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللّهِ حُكْماً لِّقَوْمٍ يُوقِنُونَ ﴿
﴾ Est-ce donc le jugement de l'Âge de l'Ignorance qu'ils cherchent? Qu'y a-t-il de meilleur qu'Allah, en
matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme? ﴿
(Sourate 5 - Verset 50)

Ibn Kathir, l'élève d'Ibn Taymiyya, commente ce verset dans son exégèse coranique comme suit :

« Allah blâme ainsi celui qui est sorti de la législation d'Allah si sage si parfaite, comportant toute sorte de bien et proscrivant tout mal, et qui en a dévié vers les opinions, les passions et autres néologismes fabriqués par l'homme sans nullement se référer à la législation d'Allah à l'instar des gens de l'Âge de l'Ignorance qui se basaient dans leur justice sur l'égarement et la sottise insensée que leurs inspiraient leurs propres opinions et leurs passions. Ils jugeaient à la façon des Tatars qui appliquaient les règles politiques du règne qu'ils avaient héritées de leur roi Gengis Khân qui leur a rédigé leur livre intitulé Al-Yasaq qui représentait un recueil de règles qu'il a sans doute puisé dans des législations diverses comme celle du judaïsme, du christianisme, de l'Islam et d'autres parmi lesquelles plusieurs ont été inspirées par son seul jugement et par sa passion. Ses descendants en firent une législation à laquelle ils donnaient priorité sur celle du livre d'Allah et la Sunna du Messager d'Allah. Quiconque agit ainsi est un mécréant qu'on doit combattre par les armes jusqu'à ce qu'ils reviennent à la législation d'Allah et de Son messager et qu'ils n'appliquent plus aucune autre législation. Allah dit : ﴾ Est-ce donc au jugement de l'Âge de l'Ignorance qu'ils recherchent ? ﴿ c'est à dire ils le désirent et se passent du jugement d'Allah, ﴾ Qu'y a-t-il de meilleur qu'Allah, en matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme ? ﴿ c'est à dire qui est plus juste qu'Allah en matière de jugement pour celui qui a bien compris la religion d'Allah, a eu foi en elle et certitude, sait qu'Allah est le plus juste des justiciers et plus miséricordieux envers Ses créatures que la mère envers son enfant? Car Allah est l'Omniscient, l'Omnipotent, l'Equitable dans toute chose. »

Mouhammad Ibn Ibrahim Al-Cheikh dans sa célèbre épître « tahkim al-qawânin » dit :

« D'ailleurs, Allah a blâmé cette catégorie de gens en affirmant qu'ils aspirent au jugement paganisme de la Jahiliyya et qu'il n'y a pas de jugement meilleur que le Sien:


﴾ أَفَحُكمَ الجاهليةِ يَبْغونَ ومَنْ أحسنُ مِن اللهِ حُكمًا لِقومٍ يُوقِنون ﴿
﴾ Est-ce donc le jugement de la Jâhiliyya qu'ils cherchent ? Qu'y a-t-il de meilleur qu'Allah en matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme ? ﴿

Médite donc sur ce verset pour comprendre qu'il n'y a que deux sortes de jugement et qu'en dehors du jugement d'Allah, il n'y a que le jugement de la Jâhiliyya. » (fin de citation)


Dernière édition par أم أسامة le Mar 21 Juin - 10:39, édité 1 fois (Raison : Correction : "le seigneur des fils d'Adam" par "le meilleur des fils d'Adam")
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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Sam 18 Juin - 1:33

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
4ème partie


Ils prétendent être de religion musulmane et vénèrent la religion de ces mécréants, la préférant à la religion des Musulmans [45]. Ils leur obéissent et sont leurs amis beaucoup plus qu'ils obéissent à Allah, à Son Messager, et sont les amis des croyants [46]. Il est jugé de ce qui éclate entre les plus grands d'entre eux selon la règle de l'Âge de l'Ignorance (al-jahâliyya), non selon la règle d'Allah et de Son Messager.

Par ailleurs, les plus grands de leurs vizirs et alii assimilent la religion de l'Islam à la religion des Juifs et des Nazaréens, prétendant que ce sont toutes des voies menant vers Allah, à l'instar des quatre rites (madh-hab) chez les Musulmans. Et puis il en est parmi eux qui donnent leur préférence à la religion des Juifs ou à la religion des Nazaréens, tandis que d'autres la donnent à la religion des Musulmans [47].

De tels dires sont répandus, prédominants parmi eux, jusque parmi leurs Docteurs et leurs dévots, surtout les Jahmites d'entre les Unionistes pharaonistes [48] et leurs semblables. C'est que la philosophie prédomine en eux et qu'il s'agit là de la doctrine de beaucoup de ceux qui philosophent, ou de la plupart d'entre eux [49]. C'est également la position de beaucoup de Nazaréens ou de la plupart d'entre eux, de beaucoup de Juifs également. Bien plus, si quelqu'un disait que la majorité de l'élite des Savants parmi eux, et des dévots, partage cette doctrine, je ne le trouverais pas invraisemblable. J'ai vu et entendu trop de chose à ce sujet pour qu'il y ait lieu d'en parler ici.

On sait obligatoirement par le religion des Musulmans, et de par l'accord de l'ensemble des Musulmans, que quiconque juge loisible de suivre autre chose que la religion de l'Islam, ou de suivre une autre Loi que la Loi de Mouhammad -salla llahou 'alayhi wa sallam- est un mécréant. C'est comme la mécréance de quiconque croit en une partie du Livre et mécroit en une autre, ainsi qu'Allah le Très-Haut l'a dit:

إِنَّ الَّذِينَ يَكْفُرُونَ بِاللّهِ وَرُسُلِهِ وَيُرِيدُونَ أَن يُفَرِّقُواْ بَيْنَ اللّهِ وَرُسُلِهِ وَيقُولُونَ نُؤْمِنُ بِبَعْضٍ ﴿
• وَنَكْفُرُ بِبَعْضٍ وَيُرِيدُونَ أَن يَتَّخِذُواْ بَيْنَ ذَلِكَ سَبِيلاً
﴾ أُوْلَـئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ حَقّاً وَأَعْتَدْنَا لِلْكَافِرِينَ عَذَاباً مُّهِيناً

﴾ Ceux qui ne croient pas en Allah et en Ses messagers, et qui veulent faire distinction entre Allah et Ses messagers et qui disent : " Nous croyons en certains d'entre eux mais ne croyons pas en d'autres", et qui veulent prendre un chemin intermédiaire (entre la foi et la mécréance), • les voilà les vrais mécréants! Et Nous avons préparé pour les mécréants un châtiment avilissant. ﴿
(Sourate 4 – Versets 150 et 151)

Les Juifs et les Nazaréens en font partie. De même, ceux qui philosophent croient en certaines choses et mécroient en d'autres [50]. Ceux des Juifs et des Nazaréens qui philosophent, leur mécréance demeure, de deux points de vue [51]. Ceux-là [52], le plus loin que soit arrivé le plus grand [53] de leurs vizirs, selon les vues de qui ils agissent, c'est être de ce type. C'était un Juif philosophant [54].


à suivre...
_____________________________

[45] Exactement comme c'est le cas des gouverneurs des pays « musulmans » de notre époque : ils se prétendent de l'Islam alors qu'en réalité ils préfèrent la religion de la mécréance comme la démocratie.
Voici un exemple parmi tant d'autres de cette prétendue affiliation à l'Islam de ces pays :

L'article premier de la constitution marocaine stipule :
« Le Maroc est une Monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale »

L'article 6 stipule :
« L'islam est la Religion de l'État qui garantit à tous le libre exercice des cultes »

Cet article constitutionnel n'est que de la poudre aux yeux et pure prétention puisque l'article premier rend vain et annule cette prétendue affiliation de l'État à l'Islam. La mécréance est une religion comme le dit Allah :

﴾ لَكُمْ دِينُكُمْ وَلِيَ دِينِ ﴿
﴾ À vous votre religion, et à moi la mienne ! ﴿


Ainsi l'Islam et la démocratie sont deux religions radicalement opposées qui ne peuvent coexister dans un seul et même corps, de la même manière que l'on peut pas être à la fois musulman et juif ou encore musulman et communiste.

[46] « La masse d'entre eux ne frappent pas d'un interdit le sang et les biens des Musulmans, à moins que leur sultan ne leur prohibe; c'est-à-dire qu'ils ne s'obligent pas à les délaisser. Et lorsqu'il les leur prohibe, ou qu'il leur prohibe autre chose, ils lui obéissent parce qu'il est sultan, non point du seul fait de la religion » (cf. Ibn Taymiyya, Majmou' Al-Fatâwa, t. 28, fatwa n°1, p. 505). Ce que dit dit Ibn Taymiyya est très récurent à notre époque : lorsqu'il y a interdiction d'une chose, elle n'est pas stipulé parce que cela tient sa source dans la chari'a d'Allah mais d'une loi qu'ils ont eux-mêmes légiféré.
Les mongols agissent de manière donc diamétralement opposés à ce que doit être, selon Ibn Taymiyya, le comportement du Musulman : ils obéissent inconditionnellement à leur souverain, fût-ce au risque de désobéir à Allah, alors que l'obéissance à Allah peut imposer de désobéir à une autorité humaine. Tout comme les souverains Mongols, les dirigeants des pays « musulmans » d'aujourd'hui appellent à l'obéissance inconditionnelle à leurs constitutions et lois forgés même si cela contredit manifestement les lois de l'Islam.

[47] Cf. History d'Al-Jouwayni, trad. Boyle (rendue en français par nous), p. 26 : « N'adhérant à aucune religion et ne suivant aucun credo, Gengis Khân, s'abstenait d'être bigot, de préférer une foi à une autre et d'en placer certaines au dessus d'autres. Bien plutôt, il honorait et respectait les gens savants et pieux de chaque secte, reconnaissant en une telle conduite la voie menant vers la cour de Dieu. De même qu'il regardait les Musulmans d'un œil respectueux, ainsi tenait-il les nazaréens et les idolâtres en haute estime. Quant à ses enfants et à ses petits-enfants, plusieurs d'entre eux ont choisi une religion en accord avec leur inclinaison, certains adoptant l'Islam, d'autres embrassant le Christianisme, d'autres choisissant l'idolâtrie, d'autres encore demeurant fidèle à l'ancienne loi de leurs pères et aïeux, et ne penchant en aucune direction; ceux-ci sont cependant, maintenant une minorité. Alors même qu'ils ont adopté quelque religion, ils évitent encore, pour la plupart, de faire montre de tout fanatisme et ne s'écartent pas du Yasa de Gengis Khân, à savoir considérer toutes les sectes comme une et ne pas les distinguer les unes des autres. »

[48]
Pour Ibn Taymiyya, les partisans de l' « unicité de l'existence » sont « pharaonistes » (fir'awni) en ce sens que, affirmant qu'il n'y a pas différence, en leur existence même, entre le crée et le Créateur, ils s'arrogent la divinité à l'instar de Pharaon lorsqu'il proclame:

﴾ يَا أَيُّهَا الْمَلَأُ مَا عَلِمْتُ لَكُم مِّنْ إِلَهٍ غَيْرِي ﴿
﴾ Ô notables, je ne connais pas de divinité pour vous, autre que moi ﴿
(sourate 28 – verset 38).

[49] La philosophie des religions la plu courante, non seulement chez les falâsifa (philosophes), mais aussi chez les soufis et les théologiens chiites, revient à considérer les diverses religions comme offrant, à travares des symbolismes et des rituels spécifiques, adaptés à des sociétés particulières, autant de versions « apparentes » d'une seule et même Vérité « ésotérique », autant de voies d'accès « populaires » à un seul et même salut. « Toutes les Lois des Prophètes ont été fondées sur la Science, sur la Sagesse, et leurs Livres et prescriptions sont tels que nous l'avons dit : ils concordent pour ce qui est des significations même si leurs apparences divergent. Il s'agit en effet d'images données par les Prophètes. Ils ont proposé à leurs communautés des symboles en cela même qu'ils leur ont prescrit. De ces prescriptions, ils leur ont ordonné de respecter les apparences afin que le culte de Dieu soit assuré dans le monde et que le gouvernement des hommes soit continu, que le Commandement et l'Interdiction divin soient observés […]; afin aussi qu'elles guident vers les significations qui leur sont sous-jacentes et par lesquelles le salut des hommes se fera » [color=blue]m Al-Razi (ismaélien IV ème siècle de l'hégire / X ème siècle de l'ère grégorienne), trad. de F. Brion, Philosophie et révélation : traduction annotée de sis extraits du Kitâb A'lâm al-Nubuwwa, in Bulletin de philosophie médiévale, S.I.E.P.M., Louvain-la-Neuve, n° 28, 1986 G, p. 134-162, p. 156).

[50] De même que les gouverneurs laïcs et démocrates des pays « musulmans » de notre époque : ils croient en certaines choses de l'Islam et en rejettent catégoriquement d'autres. Bien qu'ils s'affilient à l'Islam en apparence, il en reste pas moins qu'ils font l'apologie de la démocratie et d'autres systèmes idolâtres dans leur discours. S'ils font l'éloge de telles choses, c'est que forcément il y a conviction de leur part. Et nul n'est sans ignorer que professer des paroles de mécréance volontairement sans être contraint, est une mécréance manifeste qui expulse son auteur de l'Islam.

[51] Pour Ibn Taymiyya, qu'Allah lui fasse miséricorde, les Juifs et les Nazaréens sont des mécréants en tant qu'ils ne reconnaissent que certains Prophètes, et non tous. Quand aux philosophes (falâsifa), alors même qu'ils reconnaissent tous les Prophètes, ils sont mécréants en tant qu'ils affirment que la médiation prophétique tombe pour l'élite des intellectuels et des spirituels, i.e. qu'ils privent la prophétie de certains de ses attributs, dont sa visée universelle. Les Juifs et les Nazaréens qui philosophent sont donc doublement mécréants.

[52] i..e. les Mongols

[53] Il s'agit de Rachîd Ad-Dîne

[54] Alors que la judaïté de Sa'd Ad-Dawla Al-Albhari, médecin et vizir de l'Îl-Khân Arghoun de 688 H / 1289 G à 690 H / 1291 G, ne laisse aucune place au doute., celle de Rachîd Ad-Dîne a fait l'objet de multiples controverses. C'est que Rachîd Ad-Dîne se défend lui-même d'être d'origine juive et de professer le judaïsme. Il rapporte dans une lettre, avec force détails, comment certains de ses ennemis ont fait circuler de tels bruit pour le rendre odieux aux Musulmans. Se défendant avec véhémence, il n'y voit cependant que des calomnies et affirme avoir « toujours témoigné le plus grand éloignement pour cette religion » ( in É. Quatrième, trad. de Rachîd Ad-Dîne, Histoire, p. CXXIV). Les démentis du grand vizir ne semblent pas cependant pas avoir emporté la conviction de tous. Ainsi Ibn Kathir (cf. Al-Bidâya wa An-Nihâya, t. 14, p. 89-90) écrit-il qu'il était « d'origine juive », « donna l'apparence d'être musulman » et qu'après son exécution, ses membres furent mis en pièces et dispersés, tandis que sa tête, à Tabrîz, fit l'objet de la proclamation suivante : « Voici la tête du juif qui a remplacé la Parole d'Allah- qu'Allah le maudisse ! » Près d'un siècle plus tard, le tîmûrîde Mîrân Shâh (ob. 1408 G) aurait ordonné d'enlever les restes du grand vizir de son tombeau, près de la mosquée qu'il avait fait construire dans le nouveau quartier de Tabrîz portant son nom, et de les transférer dans le cimetière des Juifs (É Quatrième, trad. de Rachîd Ad-Dîne, Histoire, p. XLIV). Aujourd’hui même, l'opinion généralement admise est que Rachîd Ad-Dîne était effectivement d'origine juive (cf. J. A. Boyle [ed.], Cambridge History of Iran, t. 5, p. 407). Ce passage d'Ibn Taymiyya est un nouvel indice de la notoriété de la judaÏté de Rachîd Ad-Dîne de son vivant même. Le jugement du Shaykh de l'Islam correspond sans doute bien à la réalité historique. Rachîd Ad-Dîne était-il par ailleurs, comme l'affirme Ibn Taymiyya, un juif « philosophant » (moutafalsif) ? À compulser la table des matières des divers ouvrages composant la majmou'a rachîdiya (in Rachîd Ad-Dîne, Histoire, trad. Quatrième, p. CXIV-CXIX, CXXX-CXXXI; texte arabe : p. CXLIX-CLVI), les disciplines pratiquées par le grand vizir se dessinent avec une relative précision : ontologie, théodicée, nomologie, prophétologie, générale et mouhamadienne, exégèse coranique, interprétation du hadith, onirocritique, psychologie, eschatologie, hagiologie... Point donc de commentaires d'Aristote, mais des champs d'intérêt qu'Avicenne (Ibn Sina), par exemple, n'aurait en rien désavoués- pour la simple raison qu'il les explora abondamment lui-même. En d'autres termes, des préoccupations laissant deviner, non un faylasouf (philosophe) au sens étroit du terme, du genre Al-Farabi ou Averroès (Ibn Rouchd), mais une activité philosophique typique du devenir « avicennisant » de la falsafa (philosophie), après le Shaykh Al-Ra'îs, dans les milieux cultivés-et, a fortiori, médicaux- de l'Orient musulman; soit exactement comme l'écrit Ibn Taymiyya, un moutafalsif, un intellectuel « philosophant ».



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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Sam 18 Juin - 1:52

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
5ème partie


Ensuite, il se rattacha à l'Islam avec ce qu'il y avait en lui de judaïsme et de la pratique de la philosophie, et il rejoignit ce Râfidisme-là [55]. Celui-ci est le plus important des gens du calame qu'il y a chez eux, et celui-là [56] le plus important des gens d'épée qu'il y avait chez eux [57]. Que le croyant considère donc cela !

Ils ont divisé les gens en quatre divisions : yâr, yâghî, dânishmand et tât , c'est-à-dire « leur ami » et « leur ennemi », « le savant » et « le commun ». Quiconque s'engage dans leur obéissance de l'Âge de l'Ignorance et dans leur voie de mécréance est leur ami. Quiconque va à leur encontre est leur ennemi, fût-il des Prophètes d'Allah, de Ses Messagers et de Ses Amis. Toute personne qui se rattache à un savoir ou à une religion, ils l'appellent dânishmand, « savant », tels le Docteur et l'ascète, le prêtre et le moine, le rabbin des Juifs, l'astrologue et la magicien, le médecin, le scribe et le comptable...Ils incluent également le gardien des idoles...Tout ce qu'ils incluent là-dedans comme associateurs, Gens du Livre et innovateurs, nul ne le sait sinon Allah !
Il font des gens du Savoir et de la Foi une seule et même espèce. Ou, plutôt, ils font des Qarmates [58] hérétiques, bâtinites [59], libres penseurs, hypocrites, tels At-Toussi [60] et ses pareils, les gouvernants de l'ensemble de ceux qui se rattachent à un savoir ou à une religion- Musulmans, Juifs et Nazaréens. Ainsi leur impudent vizir dénomé Ar-Rachîd, « le bien dirigé », gouverne t-il ces diverses catégories de gens et donne t-il la préseance aux pires des Musulmans, comme les Râfidites et les hérétiques, sur les meilleurs des Musulmans, les gens du Savoir et de la Foi. C'est au point que la fonction de cadi des cadis est occupée par quiconque est plus proche de la libre pensée, de l'hérésie et de la mécréance en Allah et en Son Messager, de telle manière qu'il soit plus qu'un autre en accord, concernant ce qu'ils veulent, avec les mécréants et les hypocrites d'entre les Juifs, les Qarmates, les hérétiques, les Râfidites; et, s'agissant de la Loi de l'Islam, il donne l'apparence de ce dont il lui faut immanquablement donner l'apparence, du fait de ce qu'il y a là comme Musulmans.

Leur vizir [61], ce scélérat hérétique, hypocrite, a même composé un écrit dont le contenu est que le Prophète
-salla llahou 'alayhi wa sallam- aurait agrée la religion des Juifs et des Nazaréens et ne les aurait pas réprouvés, qu'ils n'auraient pas été blâmés et ne se seraient pas vu prohiber leur religion et ordonner de passer à l'Islam. Et ce scélérat ignorant d'en vouloir pour preuve ces paroles du Très-Haut :

• قُلْ يَا أَيُّهَا الْكَافِرُونَ • لَا أَعْبُدُ مَا تَعْبُدُونَ • وَلَا أَنتُمْ عَابِدُونَ مَا أَعْبُدُ ﴿
﴾ وَلَا أَنَا عَابِدٌ مَّا عَبَدتُّمْ • وَلَا أَنتُمْ عَابِدُونَ مَا أَعْبُدُ • لَكُمْ دِينُكُمْ وَلِيَ دِينِ
﴾ Dis, ô mécréants • Je n'adore point ce que vous adorez • Pas plus que vous n'adorez ce que j'adore • Je n'ai jamais adoré ce que vous adorez • Et vous n'avez jamais adoré ce que j'adore •
À vous votre religion et à moi ma religion ! ﴿
(Sourate 109 )



Il a soutenu que ce verset impliquait que le Très-Haut agrée leur religion et a dit : « Ce verset est confirmé, il n'a point été abrogé ». En raison de quoi se produisit toute une affaire ! [62]


On le sait, ceci est, de sa part, de l'ignorance. Dans les paroles du Très-Haut : ﴾ À vous votre religion et à moi ma religion ﴿, il n'y a rien qui implique que la religion des mécréants soit vraie, ni qu'elle soit agrée. Cela prouve seulement Son désaveu de leur religion. Voilà pourquoi il a été dit à propos de cette sourate : « elle est un désaveu de l'associationnisme » [63]. De même que le Très-Haut a dit dans cet autre verset :


﴾ وَإِن كَذَّبُوكَ فَقُل لِّي عَمَلِي وَلَكُمْ عَمَلُكُمْ أَنتُمْ بَرِيئُونَ مِمَّا أَعْمَلُ وَأَنَاْ بَرِيءٌ مِّمَّا تَعْمَلُونَ ﴿
﴾ S'il te traitent de menteur, dis : « À moi mon action et à vous votre action ! Vous êtes innocents
de ce que je fais, et je suis innocent de ce que vous faites. ﴿
(Sourate 10 – Verset 41)


Ses paroles ﴾ À vous votre religion et à moi ma religion ﴿ sont donc comme Ses paroles ﴾ À moi mon action et à vous votre action ﴿, et Il a fait suivre cette affirmation de ce qu'elle entraîne nécessairement, de ce qu'elle implique, en disant : ﴾ Vous êtes innocents de ce que je fais, et je suis innocent de ce que vous faites ﴿. À supposer même qu'il y ait en cette sourate quelque chose qui impliquerait qu'il ne leur a pas été ordonné d'abandonner leur religion, on saurait obligatoirement par le religion de l'Islam, de par les textes récurrents et le consensus de la communauté, que le Prophète a ordonné aux associateurs et aux gens du Livre de croire en lui, qu'il est venu à eux avec cela et qu'il les a informés qu'ils étaient des mécréants, qui seraient laissés pour l'éternité dans le Feu.

Ils ont affiché leur râfidisme et ont interdit de mentionner [64] en chaire les califes bien-guidés. Ils ont mentionné 'Ali et ont ouvertement invité à croire aux douze que le Râfidites soutiennent être des imams préservés de toute tache, Abou Bakr, 'Omar et 'Outhmân étant des mécréants et des dépravés à qui, et aux succeseurs de qui, il n'appartenait pas d'être califes.

à suivre...
__________________________________________

[55] Ar-Rafd, i.e. le chiisme. Alors qu'Ibn Taymiyya semble affirmer que Rachîd Ad-Dîne était râfidite, l'opinion communément admise veut qu'il ait été chafi'ite, donc sunnite; cf. É. Quatrème, trad. de Rachîd Ad-Dîne, Histoire, p. XVII; I. P. Petrushevsky, in J. A. Boyle (ed.), Cambridge History of Iran, t. 5, p. 493.

[56]
Sans doute Qoûtloûshah. Tenu responsable de la défaite des Mongols à Marj Al-Souffar en 703 H/1303 G, lors de leur troisième campagne de Syrie, Qoûtloûshah connut un temps de disgrâce. Lors de son avènement en 704H / 1304 G, Öljâytoû fit cependant de lui son commandant en chef, position qu'il occupa jusqu'à sa mort en 707 H / 1307 G (cf. D.O. Morgan, art. Kutlugh-Shâh Noyan, in Enc. de l'Islam, Nouv. éd., t. 5, p. 559).

[57] Ibn Taymiyya applique aux Mongols la distinction de trois catégories d'officiels en vigueur dans l'État Mamelouk : les « gens d'épée » (ahl ou arbâb as-soûyoûf), i.e. la caste militaire des Mamelouks proprement dits; les « gens du calame » (ahl ou arbâb al-qalam), i.e. les administrateur civils; la classe cléricale enfin, non évoquée ici, i.e. les « enturbannées » (arbâb al-wazâ'if ad-diniyya ou mouta'ammamôun).
Voir D. Ayalon, Studies on the Structure of the Mamluk Army III, in Bulletin of the School of Oriental and African Studies, Londres, t. 16, 1954 G, p. 57-90).

[58] Une des branches de l'Ismaélisme

[59] Selon Ibn Taymiyya, tous ceux qui, chiites, soufis ou philosophes, rejettent le sens évident des écritures au profit d'un sens ésotérique (bâtin).

[60] Nâsir Ad-Dine At-Tousi (ville de Toûs, 597H/1201G - Bagdad, 672H/1274G), astronome, philosophe et théologien chiite duodécimain. Conseiller intime du mongol Hoûlâgoû pendant la conquête de Bagdad
(656 H /1258 G), puis ministre, il fut « un chef de l'oligarchie irano-chiite du parti mongol contre le califat ». Il conserva une position importante à la cour mongole jusqu'à sa mort. Voir R. Strothmann, art. Al-Tûsi Nâsir al-Dîn, in Enc. de l'Islam, 1ère éd., t. 4, p. 1032-1033.


[61] i.e. Rachîd Ad-Dine

[62] L'ouvrage de Rachîd Ad-Dîne incriminé par Ibn Taymiyya est Le Livre des éclaircissements (at-tawdirât), dans lequel le vizir propose effectivement une exégèse de la sourate 109 : il lui consacre les septième et huitième des dix-neufs épîtres composant l'oeuvre, la neuvième offrant une réfutation de ses détracteurs (Majmû'a Rashîdiyya, Paris, B.N., Ar. 2324, f° 99 r-121 r; cf. aussi Histoire, trad. Quatremère, p. CXV; texte arabe : p. CL).

« Ce qui apparaît, s'agissant du sens (de cette sourate 109), c'est : « Ô Mouhammad, dis aux mécréants :
« Moi, je n'adore pas ce que vous adorez et vous, vous n'adorez pas ce que j'adore . Moi, je ne veux pas adorer ce que vous avez adoré et vous, vous ne voulez pas de l'adoration de ce que j'ai adoré. » Quand il désespéra de leur foi, il leur dit, en guise d'intimidation et de menace : « à vous votre religion ! », c'est-à-dire : « Vous en verrez la récompense ! Vous la trouverez ici-bas et dans la vie dernière ! » Cela ne veut pas dire qu'il leur aurait permis de conserver leur religion et de continuer à la pratiquer (…) « À vous votre religion et à moi ma religion ! » peut avoir un autre sens, correspondant à une exégèse rapportée de certains exégètes (…) : « Mon adoration n'est pas semblable à votre adoration » (…) Ils ont une religion et il a une religion plus parfaite que leur religion, s'agissant de l'adoration du Réel Très-Haut. Ou, plutôt même, aucun des Prophètes n'a une adoration semblable à son adoration; en effet, si l'un d'eux était son égal, pour ce qui est de l'adoration, il ne resterait pas de différence entre le Sceau des Prophètes et eux »
(Majmû'a Rashîdiyya, Paris, B.N., Ar. 2324, f° 102 r-v).

« Nous avons rendu évidente l'abrogation des religions et des autres doctrines, et avons établi que l'abrogation concernant effectivement certains versets du Coran participe de la perfection de celui-ci, pas de sa déficience. Mettons-nous maintenant à répondre à ces opposants qui nient que la prophétie soit scellée avec Mouhammad- sur lui la bénédiction et la paix » ( f° 110 r).

« Je me suis occupé de commenter la sourate « Dis : Ô les mécréants...» sur une indication du sultan de l'Islam. Selon mon habitude, je me suis mis à rapporter les dires des exégètes et des savants de la religion, j'ai mis tout cela par écrit puis j'ai établi des choses pleines d'intérêt qui m'étaient apparues grâce au flux de la faveur du Seigneur et à l'heureux effet de l'attention de la très noble pensée du sultan. J'ai rendu évidentes des questions se rattachant à l'abrogation, avec des détails et des explications; j'ai ajouté, à ce que les savants des fondements (oûsoul) ont dit, nombre de choses qui m'étaient venues à l'esprit, établissant l'ensemble » (f° 11 v).

« Tels sont les versets intervenant dans la Torah et l'Évangile qui impliquent l'abrogation des prescriptions de la Torah et de la religion des Juifs. À partir de ce constat et de cet exposé, on saura que de la création d'Adam- sur lui la paix- au temps de Moïse -sur lui la paix- , et du temps de Moïse à la fin de l'époque de Jésus-sur lui la paix-, l'abrogation, s'agissant des prescriptions, a été effective. Après cette date, Allah, Puissant et Majestueux, a envoyé Mouhammad, l'Élu, le Sceau des Prophètes, à l'ensemble des créatures, par miséricorde pour les mondes. Ainsi a-t-il fait descendre ce verset à son propos -sur lui la bénédiction et la paix : ﴾ Et nous ne t'avons envoyé que par miséricorde pour les mondes ﴿ (s. 21 – v. 107). Ainsi l'exigent aussi ses paroles -salla llahou 'alayhi wa sallam- : « J'ai été envoyé au noir et au rouge ». Il a ordonné à l'ensemble de la création de le suivre, de se plier à son ordre, de s'attacher à lui obéir et Il a fait descendre sur lui le Coran qu'Il a décrit en disant : ﴾ Il n'est grain dans les ténèbres de la terre, rien d'humide et rien de sec, qui ne soient dans un livre explicite ﴿ (s. 6 - v. 59). Par Sa religion, il a abrogé l'ensemble des religions; par sa confession, il a rendu vaines l'ensemble des confessions, par ses prescriptions, il a éliminé l'ensemble des prescriptions. Il n'est donc demeuré, après lui, ni Message, ni prophétie, ni Livre : par son Livre – le Coran-, il a scellé tous les Livres » (f° 117 v).

Ces passages du Livre des éclaircissements sont en totale contradiction avec ce qu'Ibn Taymiyya dit de l'exégèse de la sourate 109 proposée par Rachîd Ad-Dîne. Pour comprendre la situation, il convient de replacer le jugement du Shaykh de l'Islam dans le cadre de la polémique qui a suivi la publication des Éclaircissements et que Rachîd Ad-Dîne même présente comme une cabbale montée de toute pièce, pour se venger, par un quémandeur éconduit (in Histoire, trad. Quatremère, p. CXX-CXXX), les accusations alors portées contre lui n'ayant concerné seulement sa judaïté mais, également des matières de théologie.

« On peut remarquer ici », écrit le vizir (p. CXXIV), « une singularité bien frappante : avant que j'eusse rien écrit sur l'excellence du Prophète, que j'eusse discuté des questions importantes pour la religion, j'étais regardé comme un bon Musulman, et personne ne contestait mon orthodoxie; mais aujourd’hui que nous avons démontré par des arguments sans réplique la dignité de Mouhammad et son élévation au-dessus des autres Prophètes; que nous avons réfuté les prétentions des Juifs et des nazaréens en leur prouvant que leurs religions demeurent abolies, et que l'Islam est la seule religion véritable; lorsque nos travaux ont obtenu une approbation générale et nous ont mérité les louanges des plu savants hommes de notre siècle, quelques ignorants osent nous attaquer et répandre contre nous des inculpations que l'on pourrait rétorquer contre eux avec beaucoup de fondement. »

Le moins que l'on puisse dire est que Rachîd Ad-Dîne ne lésina pas sur les moyens pour répondre aux attaques visant ses idées. Il les soumit en effet au jugement de dizaines d'autorités religieuses de son temps et fit précéder les copies de sa majmû'a des certificats d'orthodoxie ainsi récoltés (cf. J. Van Ess, Der Wesir und seine Gelehrten). « Que disent les imams de la religion et les savants des Musulmans -qu'Allah érige les règles de la Loi grâce aux pointes de leurs calames- d'une personne qui rapporte qu'un des exégètes a dit que la sourate « Ô les mécréants... » n'est point abrogé, ou qui ne rapporte pas cela mais dit que cette sourate, selon un des dires des savants, n'est pas abrogé, ou qui dit de manière absolue qu'il n'y a pas d'abrogation dans cette sourate, ou qui dit que l'abrogation ne se produit effectivement pour aucun des versets du Glorieux Coran ? Cela, alors que les imams des Musulmans et leurs savants, parmi les spécialistes des fondements et les exégètes, disent des choses différentes en se demandant si l'abrogation se produit effectivement pour certains versets du Coran en général, et pour cette sourate en particulier, ou si elle ne se produit pas effectivement, ainsi que mentionné dans la plupart de leurs livres et de leurs ouvrages, ainsi aussi qu'on le rapporte d'Abou Mouslim Al-Isfahâni et des savants qui l'ont suivi- à savoir que l'abrogation ne se produit pas effectivement dans le Coran. Cela, alors aussi que ces paroles du Très-Haut : ﴾ Si nous abrogeons un verset ou le faisons oublier, Nous en rapportons un meilleur, ou un semblable. ﴿ (s. 2 – v. 106), il les ont fait porter sur l'abrogation des versets de la Torah et de l'Évangile, et que de même, tout verset qui supporterait d'être abrogé, ils l'ont fait entrer parmi les versets péremptoires (…) Si, par la suite, en s'inspirant d'un de ces quatre points de vue, un des Musulmans dit que la sourate « Ô les mécréants... » n'est point abrogé, celui qui dit cela serait-t-il , ou non, jugé mécréant pour autant et qu'un individu le juge mécréant, ou qu'un groupe d'imams et de savants ayant examiné ses propos, les ayant agrées, les ayant trouvés bons, et par une fatwa, les ayant déclarés valides, l'individu qui l'a jugé mécréant les juge également mécréants, alors que cette question est d'entre les questions à propos desquelles il y a divergence entre les savants et qu'il y a un consensus sur le fait qu'adopter un des dires des imams en de semblables questions n'entraine pas nécessairement la mécréance, est-ce que l'accusation de mécréance portée par cet individu contre la première personne est une rupture du consensus et un désaveu de celui-ci, ou non ? » (Majmû'a Rashidiyya, Paris, B.N., Ar. 2324,f°121r)

Non seulement donc il est vrai, ainsi qu'Ibn Taymiyya le laisse entendre, que Rachîd Ad-Dîne a traité de la question de l'abrogation de certains versets coraniques dans son commentaire de la sourate 109 mais, en outre, il appert que cette question a été au cœur de la cabbale menée contre lui (voir aussi le témoignage d'Ibn Kathir dans Al-Bidâya wa An-Nihâya, t. 14, p. 89-90). Quelle que soit la position adoptée par le grand vizir à ce sujet, il est par contre faux que, dans ce commentaire, il ait considéré le Judaïsme et ne Nazaréisme comme non abrogés par l'Islam et encore agrées du Très-Haut; les quelques extraits plus haut sont suffisamment éloquents à cet égard. Dès lors, si Ibn Taymiyya s'est autant trompé dans sa condamnation de l'exégèse de Rachîd Ad-Dîne, c'est très vraisemblablement parce que ses attaques, au lieu de naître d'une lecture personnelle des Éclaircissements, ne font guère que relayer les accusations calomniatrices de certains ennemis du vizir de Ghâzân. Alors même qu'elle est infondée, la condamnation taymiyenne conserve cependant un grand intérêt historique par le témoignage qu'elle apporte de l'extension prise par la cabbale menée contre Rachîd Ad-Dîne.

[63] Voir notamment Abou Dawoûd, as-sounan, Adâb, bâb 98 (éd. M.M.D. Abd Al-Hamid, 4 t., Dâr Al-Fikr, Beyrouth, s.d., t.4, p. 313, n° 5055), At-Tirmidhi, bâb 22, (éd. A.R.M. Outhman, 5 t., Dâr Al-Fikr, Beyrouth, 2 éd., 1403 H / 1983 G, t. 5, p. 140, n° 3463); Ahmad Ibn Hanbal, al-mousnad, t. 5, p. 456.

[64] Le chiisme imamite (appelé également le chiisme duodécimain) fait un dogme de la 'isma, « la préservation de toute tache », « l'infaillibilité », des douze imams ayant succédé au Prophète, de 'Ali Ibn Abi Tâlib (ob. 40H) à Mouhammad Al-Mahdi (entré en « grande occultation » en 329 H/ 941 G). Selon Jamâl Ad-Dine Ibn Moutahhar Al-Hilli ( 648G/1250G – 726H/1325G), le grand théologien duodécimain dont Ibn Taymiyya réfuta le Minhâj Al-Karâma, « il faut que l'imam soit le gardien de la Loi étant donné que la révélation s'est interrompue avec la mort du Prophète – qu'Allah prie sur lui et lui donne la paix- et que le Livre et la Sounna ne suffisent pas, pour ce qui est des détails des prescriptions particulières qui se présenteront jusqu'au jour de la Résurrection. Il faut donc immanquablement un imam préservé de toute tache (ma'soûm) par Allah (le) Très-Haut, préservé des glissements et de l'erreur de manière à ne pas abandonner certaines prescriptions ou à ne pas en ajouter, délibérément ou par inadvertance » (Al-Hilli, cité in Ibn Taymiyya, Minhâj As-Sounna, t. 3, p. 270). Le Shaykh de l'Islam affirme à l'opposé : « Nous n'admettons pas qu'il faille que l'imam soit le gardien de la Loi. Il faut plutôt que la communauté soit gardienne de la Loi (…) Nous n'admettons pas que le besoin appelle la désignation d'un imam préservé (de toute tache). Cela, parce que l'infaillibilité de la communauté dispense de l'infaillibilité de ce dernier. Ceci est de ce qui a été invoqué par les Savants à propos de la Sagesse de l'infaillibilité de la communauté (oûmma). Quand, on dit ces savants, les gens des communautés qui nous ont précédés ont remplacé leur religion, Allah a suscité parmi eux un Prophète pour leur rendre évident le Réel. Cette communauté-ci, il n'y a plus de Prophète après son Prophète; son infaillibilité tient donc lieu de prophétat et, par conséquent, il n'est pas possible que l'un de ses membres remplace rien de la religion sans qu'Allah ne fasse se dresser quelqu'un qui rendra son erreur évidente, concernant ce qu'il a remplacé. Il n'y aura point consensus de la communauté sur une chose constituant un égarement, ainsi que le Prophète l'a dit -salla llahou 'alayhi wa sallam (p. 270, 272-273).

Alors que la forte inclination de Ghâzân pour le chiisme ne lui avait pas fait abandonner la Sounna., Öljâytoû se convertit officiellement au chiisme en 709 H / 1310 G et s'engagea dans une politique résolument anti-sunnite. « Cette année (709 H), on reçut du pays des Tatars des nouvelles apprenant que le roi Kho(da)banda avait manifesté le chiisme dans ses états, qu'il avait ordonné aux prédicateurs, dans toute l'étendue de son empire, de faire disparaître le nom des trois (premiers) califes orthodoxes des prônes de la grande prière, de les réduire aux noms de d'Ali, qu'Allah soit satisfait de lui, de ses deux fils, des membres de la famille du Prophète » ( Ibn Abi Al-Fadâ'il, Histoire, trad. Blochet, t. 20, p. 171-172). Dans l'esprit d'Ibn Taymiyya, le conflit opposant les Mongols et les Mamelouks est également un conflit entre le sunnisme et le chiisme impie.

Une remarque encore, relative à la date de composition de la fatwa dont ses pages sont extraites. Cette fatwa n'est pas datée. Elle est cependant postérieure à la première invasion mongole de la Syrie (699 H / début 1300 G). À en juger par ce que l'on sait de la biographie du Shaykh de l'Islam (cf. H. Laoust, Biographie, p. 126-132; Ibn kathir, Al-Bidâya wa An-Nihâya, t. 14, p. 16, 25), on pourrait être tenté de juger cette fatwa contemporaine soit de la deuxième invasion mongole (700 H / fin 1300-début 1301 G), soit de la troisième (702 H / 1303 G). En effet, à l'occasion de l'une comme de l'autre (peut-être plus, cependant, en 702H/1303G qu'en 700H/1300-1301G), il déploya de grand efforts pour convaincre les hésitants de lutter contre l'envahisseur.
D'où la position adoptée Th. Raff : l'évocation, par Ibn Taymiyya, de la récurrence des invasions mongoles de la Syrie, dont celle de 699 H / 1299 G, l'urgence du ton qu'il emploie, son apparente anticipation d'une rencontre sur le terrain, l'absence d'allusion à la victoire mamelouke de Marj Al-Souffar le 2 (du mois de) Ramadhân 702 H / 20 avril 1303 G, le témoignage d'Ibn Kathir sur l'activité déployée par le grand Docteur (i.e. Ibn Taymiyya), juste avant cette bataille, pour convaincre les Damascènes de lutter contre les Tatars, tous ces éléments donnent la « certitude que cette fatwa fut proclamé le mois de Cha'bân 702 H / mars 1303 G (Remarks, p. 5-6).

Quant à nous, deux faits étrangement négligés par Th. Raff, et en comparaison desquels les arguments qu'il avance perdent de leur poids, nous semblent inviter à considérer cette fatwa comme plus tardive. D'une part, Rachîd Ad-Dîne date ses premiers écrits sur la religion et la polémique relative aux Éclaircissement – l'œuvre même qu'Ibn Taymiyya incrimine - des début du règne d'Öljâytoû, c'est-à-dire après 703 H / 1304 H (in Histoire, trad. Quatremère, p. CXXI, CXXIV). D'autre part, les mesures anti-sunnites évoquées ici par le Shaykh de l'Islam datent de 709 H / 1310 G. Logiquement postérieur à cette dernière date, cette fatwa pourrait donc avoir été écrit alors que se profilait à l'horizon le danger de l'invasion mongole de 712 H / 1313 G. Contrairement à ce que Th. Raff prétend, il se pourrait même qu'Ibn Taymiyya y fasse bel et bien allusion, fût-ce vaguement, à la bataille de Marj As-Souffar; il y évoque en effet les campagnes victorieuses «récentes » des Mamelouks, non seulement contre les Nazaréens, c'est-à-dire les Croisés, mais contre « les associateurs d'entre les Turcs ».


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abou roumaysa
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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Sam 18 Juin - 2:20

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
6ème partie


La doctrine des Râfidites est pire que celle des Kharijites renégats. Le plus loin que les Kharijites aillent, c'est traiter de mécréants 'Outhmân, et 'Ali et leurs deux factions. Les Râfidites, par contre, traitent de mécréants Abou Bakr, 'Omar, 'Outhmân, l'ensemble des « précurseurs », des « premiers » [65], et renient la Sounna du Messager d'Allah – salla llahou 'alayhi wa sallam- plus gravement encore que ne le font les Kharijites. Chez eux, il y a comme mensonge, forgerie, outrance, hérésie, quelque chose qu'il n'y a pas chez les Kharijites. Chez eux il y a, pour ce qui est d'aider les mécréants contre les Musulmans, quelque chose qu'il n'y a pas chez les Kharijites.

Les Râfidites aiment les Tatars et leur empire. Grâce à lui en effet, il leur advient comme puissance quelque chose qui ne leur advient pas du fait de l'empire des Musulmans. Eux, les Râfidites, sont des auxiliaires des associateurs, des Juifs et des Nazaréens dans leur combat contre les Musulmans. Il a été parmi les raisons les plus importantes de la pénétration des Tatars, avant leur conversion à l'Islam, dans les terres de l'Est, au Khourâsân, en Iraq et en Syrie. Ils ont été parmi les gens qui les ont le plus aidés à prendre les pays de l'Islam., à tuer les Musulmans et à capturer leurs femmes. L'affaire d'Ibn Al-'Aqmanî [66] et de ses semblables avec le calife, leur affaire à Alep avec le maître d'Alep sont célèbres [67]; tout le monde les connaît. Et de même pour les guerres entre les Musulmans et les Nazaréens sur les côtes de Syrie [68] : les gens d'expérience savent que les Râfidites étaient avec les Nazaréens contre les Musulmans et qu'ils les aidèrent à prendre leurs pays quand vinrent les Tatars. La reconquête d'Acre [69] et d'autres places des côtes fut un coup dur pour les Râfidites. Lorsque les associateurs et les Nazaréens vainquent les Musulmans, c'est une occasion de fête et de réjouissance pour les Râfidites.


Des Râfidites font partie les adeptes de la libre pensée et de l'hérésie – les Nousayris [70], les Ismaéliens et leurs semblables d'entre les les libres penseurs qarmates et autres se trouvant au Khourasan, en Irak, en Syrie, etc. Les Râfidites sont des Jahmites qadarites [71]. Chez eux, il y a comme mensonge, innovations et forgerie à l'encontre d'Allah et de Son Messager quelque chose de plus grave que ce qu'il y a chez les Kharijites renégats que l'émir des Croyants, 'Ali, et le reste des Compagnons ont combattus sur ordre du Messager d'Allah -salla llahou 'alayhi wa sallam- Ou, plutôt, même, chez eux, il y a comme rejet des prescriptions légales de la religion quelque chose de plus grave que ce qu'il y avait chez ceux qui refusèrent de payer l'aumône et qu'Abou Bakr le Véridique et les Compagnons combattirent.

Il y a eu consensus des Musulmans sur la nécessité de combattre les Kharijites, les Rafidites et leurs pareils lorsqu'ils se séparent de la communion des Musulmans, ainsi qu'Ali les a combattus- qu'Allah soit satisfait de lui- Combien plus encore quand, en outre, ils souscrivent à ce qui, des règles des associateurs, tel le Yasa de Gengis Khân [72], le roi des associateurs, est plus gravement contraire à la religion de l'Islam.

Toux ceux qui, des émirs de l'armée et alii, se précipitent vers ceux-ci, il en va d'eux comme de ces derniers et, en eux, il y a une apostasie des prescriptions légales de l'Islam. Les Prédécesseurs ont appelé «apostats» ceux qui refusaient de payer l'aumône alors même qu'ils jeûnaient, priaient et ne combattaient pas la communion des Musulmans. Qu'en sera t-il, dès lors, de ceux qui en sont venus, avec les ennemis d'Allah et de Son Messager se rendaient maîtres de la terre de Syrie et de l'Égypte en un tel moment, cela conduirait à la disparition de la religion de l'Islam et à l'oblitération de ses prescriptions légales.

Quant au groupe [73] dirigeant la Syrie, l'Égypte, etc., ce sont en ce moment eux qui combattent pour la religion de l'Islam, et ils sont d'entre les gens qui méritent le plus de faire partie du groupe rendu victorieux que le Prophète – salla llahou 'alayhi wa sallam – a évoqué en disant dans les hadith authentiques qui se sont propagés à partir de lui : « Un groupe de ma communauté ne cessera pas de manifester son appui au triomphe du Réel – sans que leur nuise ni celui qui ira à leur encontre, ni celui qui les trahira – jusqu'à ce que l'Heure se lève. » [74] Et, dans une version rapportée par Mouslim : « les gens de l'Ouest ne cesseront
pas de … » [75]

Le Prophète – salla llahou 'alayhi wa sallam – a prononcé ces paroles en sa Ville prophétique [76]. Pour lui, l' « ouest » était donc ce qui se trouvait à l'Ouest d'elle, et son Est ce qui se trouvait à l'Est d'elle. La détermination de l'Ouest et de l'Est relève des affaires relatives car, pour toute contrée, il y a un Est et un Ouest; voilà pourquoi on dit, quand un homme arrive à l'Ouest à Alexandrie : « Il a voyagé vers l'Est. »

Les gens de Médine nommaient les gens de Syrie « les gens de l'Ouest » tandis qu'ils nommaient les gens du Najd et de l'Irak « les gens de l'Est », ainsi que c'est le cas dans le hadith d'Ibn 'Omar : « Deux hommes, d'entre les gens de l'Est, vinrent et parlèrent... » [77]; et dans une (autre) version : « … d'entre les gens du Najd... » Voilà aussi pourquoi Ahmad Ibn Hanbal a dit : « Les gens de l'Ouest sont les gens de Syrie », c'est-à-dire que ceux-ci sont le début de l'Ouest, de même que le Najd et l'Irak sont le début de l'Est, que tout se qui se trouve à l'Est d'eux appartient à l'Est et que tout se qui se trouve à l'Ouest de la Syrie – l'Égypte, etc – fait partie de l'Ouest. Dans les deux Sahih [78], il est aussi rapporté que Mou'adh Ibn Jabal [79] a dit à propos du groupe rendu victorieux (évoqué par le Prophète) : « Ils seront en Syrie. » Celle-ci est le commencement de l'Ouest et ce sont eux qui ont conquis le reste de l'Ouest, telle l'Égypte, l'Afrique du Nord (al-qayrawân), l'Andalousie, etc.

à suivre...
__________________________________________________

[65] Cf. le verset 100 de la sourate 9 :


وَالسَّابِقُونَ الأَوَّلُونَ مِنَ الْمُهَاجِرِينَ وَالأَنصَارِ وَالَّذِينَ اتَّبَعُوهُم بِإِحْسَانٍ رَّضِيَ اللّهُ عَنْهُمْ وَرَضُواْ ﴿
﴾ عَنْهُ وَأَعَدَّ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي تَحْتَهَا الأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَداً ذَلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
﴾ Les précurseurs, les premiers d'entre les Émigrés et les Auxiliaires et ceux qui les ont suivis dans un beau comportement, Allah les agrée, et ils l'agréent. Il a préparé pour eux des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et ils y demeureront éternellement. Voilà l'énorme succès ! ﴿

[66] Mou'ayyad Ad-Dîne Mouhammad Ibn Al-'Aqmanî (ob. 656 H / 1258 G), vizir du dernier calife Abasside, Al-Mousta'sim. Il correspondit avec les Mongols avant leur attaque de Baghdâd et contribua, par sa trahison, à la victoire de Hoûlâgoû sur l'armée califale; cf. J. A. Boyle, Ibn al-'Alkamî, in Enc. De l'Islam, Nouv. éd., t. 3, p. 724.

[67] Ibn Taymiyya fait sans doute allusion au rôle joué par un certain émir Safy Ad-Dîn « Hâfidî » (= Ar-Râfidi ?) dans la politique hésitante de l'ayoûbide Al-Malik An-Nâsir Salâh Ad-Dîne Aboû Al-Mouzaffar, maître d'Alep et de Damas, face à l'invasion de Hoûlâgoû, politique qui conduisit au sac mongol d'Alep en 658 H / 1260 G :
« Seïf-eddin-Hâfidi, agissant auprès de Nâser, lui exagérait la puissance du monarque mongol, lui conseillait de pas tenter le sort des combats, mais de désarmer son ennemi en se soumettant à lui volontairement. L'émir
Rokn-eddin-Bibars -Bondokdari s'emporta contre cet émir, jusqu'à le frapper et l'accabler de reproches. Vous serez, lui dit-il, la cause de la ruine des Musulmans » (T. D. A. Maqrizi, Histoire des Sultans Mamlouks de l'Égypte, traduite en français et accompagnée de notes philologiques, historiques-géographiques par É. Quatremère, B. Duprat, Paris, 1840-1845 G, t. 1, p. 87; sur Al-Mâlik An-Nâsir Yousouf, cf. K. V. Zettersteen, art. al-Nâsir , in Enc. de l'Islam, 1ère édition, t. 3, p. 922-924).

[68] i.e. les croisés

[69] Ville portuaire de Palestine, aux mains des Croisés de 1104 à 1187 G et 1191 à 1291 G. Sa reconquête à cette date par le sultan mamelouk Al-Malik Al-Ashraf marqua la fin de la domination croisée en Palestine. Cf. D.P. Little, The fall of 'Akkâ in 690/1291 : the Muslim version, in Studies in Islamic History and Civilization in honour of professor David Ayalon, ed. by M. Sharon, Cana, Jérusalem- E. J. Brill, Leyde, 1986 G, p. 159-181; A. D'Suoza ,The Conquest of 'Akkâ (690/1291). A comparative analysis of Christian and Muslim sources, in The Muslim World, Hartford, t. LXXX, 1990 G, p. 234-249.


[70] Secte chiite extrémiste tirant son nom de Mouhammad Ibn Nousayr Al-Fihri An-Noumayri, un disciple du
10 ème ou 11ème imams duodécimains, et encore existante aujourd'hui (Alawites de Syrie); cf. D. Gimaret – G. Monnot, trad. d'Al-Shahrastani, Livre des religions, I, p. 542, n. 225. L'imam Ibn Taymiyya, qu'Allah lui fasse miséricorde, expose et réfute dans une fatwa celèbre, évoquant leurs alliances avec les Croisés et les Tatars et précisant le comportement à adopter à leur égard; cf. S. Guyard, La fatwa d'Ibn Taymiyya sur les Nosairis : « Les Nosairîs ont plusieurs noms en vogue parmi les musulmans. Tantôt on les appelle Molahidah (hérétiques), tantôt Ismaelis, tantôt Karmathes, tantôt Batinis, tantôt Nosairis, tantôt Khorramis, tantôt enfin Mohammars (…) Leur religion a les dehors du Rafidhisme, et au fond c'est l'incrédulité pure et simple. » (p. 189).

[71] Cette formule a un aspect de paradoxe, dans la mesure où les Chiites, influencés par le Mou'tazilisme, passent généralement pour être partisans de la liberté humaine, c'est-à-dire anti-Jahmites, anti-qadarites. Sans doute, Ibn Taymiyya y recourt-il pour dénoncer les Râfidites qui, sans plus considérer les ordres et prohibitions de la Loi, justifient leur alliance avec les Mongols par le fait que « la prédétermination divine est avec ces infidèles », ainsi qu'en témoignent leurs succès militaires.

[72] Le Shaykh de l'Islam Ibn Taymiyya, qu'Allah lui fasse miséricorde, dit à propos de ces « Musulmans » mongols : « il est jugé de ce qui éclate entre les plus grands d'entre eux selon les règles de l'âge de l'Ignorance (jahâliyya), non selon les règles d'Allah et de Son Messager », ou encore : « Ils ne s'obligent pas à juger entre eux selon les règles d'Allah. Bien plutôt, ils jugent selon des dispositions à eux qui, parfois, sont en accord avec l'Islam et, d'autres fois vont à son encontre » (cf. Majmou' Al-Fâtâwa, t. 28, fatwa I, p. 505).

La situation des Tatars est exactement la même que celle des pays « musulmans » d'aujourd'hui.
Ibn Kathîr dit dans son commentaire du verset 50 de la sourate 5 :

﴾ أَفَحُكْمَ الْجَاهِلِيَّةِ يَبْغُونَ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللّهِ حُكْماً لِّقَوْمٍ يُوقِنُونَ ﴿
﴾ Est-ce donc le jugement de l'Âge de l'Ignorance qu'ils cherchent ? Qu'y a-t-il de meilleur qu'Allah, en
matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme ? ﴿

« Le Très-Haut réprouve quiconque se soustrait à la règle d'Allah, parfaite de précision, qui englobe tout bien, qui prohibe tout mal,et se tourne vers autre chose qu'elle - les vues, les caprices, les terminologies que les hommes inventent sans le fonder sur la Loi d'Allah. Il s'agit par exemple des égarements et ignorances selon lesquels les gens de l'Âge de l'Ignorance réglaient leurs affaires, choses qu'ils inventaient selon leurs vues et leurs caprices; il s'agit aussi des principes royaux de gouvernement selon lesquels les Tatars règlent leurs affaires et qu'ils tiennent de leur roi Gengis Khân, qui a inventé pour eux le Yasa, c'est-à-dire un livre formé de la réunion de règles qu'il a emprunté à des Lois diverses – la loi juive, la nazaréenne, la confession islamique, etc. - et parmi lesquelles il y a aussi beaucoup de règles qu'il a simplement tirées de son examen et de son caprice. Ces règles sont devenues la précellence sur le règlement des affaires selon le Livre d'Allah et la Sounna de Son Messager, de manière à ce qu'il ne règle plus ni peu ni beaucoup d'affaires selon autre chose q'elle » ( Ibn Kathir, Tafsir Al-Qour'an Al-'Adhim, 4 tomes, Dâr Al-Jayl, Beyrouth, Liban, 2ème éd., 1410 H/1990 G, t. II, p. 64).


[73] i.e. les Mamelouks

[74] Voir notamment Al-Boukhâri dans son « Sahih », i'tisâm, bâb 10; Tawhîd, bâb 29 (Boulaq, t. IX, p. 101, 136): Mouslim dans son « Sahih », imâra, 170, 173, 174 (Constantinople, t. VI, p. 52-53); Ahmad dans son
« Mousnad », t. V, p. 34, 269, 278, 279. Versions plus brèves et différentes, qu'Ibn Taymiyya fond en une seule.

[75] Voir Mouslim dans son « Sahih », imâra, 177 (Constantinople, t. VI, p. 54).

[76] Médine

[77] Voir notamment Al-Boukhari dans son « Sahih », nikâh, bâb 47 (Boulaq, t. VII, p. 19); Ahmad dans son
« Mousnad », t. II, p. 16. Nous n'avons pas réussi à retrouver les références de l'autre version signalée
par Ibn Taymiyya.

[78] Voir par exemple le Sahih de l'imam Al-Boukhari, tawhid, bâb 29 (Boulaq, t. IX, p. 136). Nous n'avons pas réussi à retrouver la référence de ce hadith dans le Sahih de l'imam Mouslim.

[79]
Compagnon médinois, une des quatre références en matière du Coran (ob. 18 H / 639 G); voir Ibn Al-Athir, Ousd Al-Ghâba, t. IV, p. 376-178.
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abou roumaysa
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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Sam 18 Juin - 2:36

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
7ème partie



L'Ouest de la Ville prophétique étant ce qui se trouve à l'Ouest d'elle., Al-Bîra [80], etc. se trouvent sur le méridien de la Ville prophétique, de même que Harrân [81], Ar-Raqqa [82], Samîsât [83], etc. se trouvent le méridien de La Mecque [84]. Ce qui est à l'Ouest d'Al-Bîra appartient à l'Ouest, à ces gens à qui le Prophète – salla llahou 'alayhi wa sallam- a promis ce qui a été dit antérieurement. Dans un autre hadith encore, il est mentionnée, pour décrire le groupe victorieux : « Ils seront aux alentours de Maison Sanctifiée » [85] Or ce groupe [86] est celui qui est aujourd'hui aux alentours de la Maison Sanctifiée.

Quiconque médite la situation du monde en ce moment le sait : ce groupe est celui qui assume le plus la religion de l'Islam, qu'il s'agisse du savoir, de l'action et du Jihad, au Levant de la terre et en son Ponant. Ce sont eux qui combattent les associateurs et les Gens du Livre détenteurs d'une force énorme. Leurs campagnes contre les Nazaréens, contre les associateurs d'entre les Turcs et contre les libres penseurs hypocrites faisant partie des Râfidites, etc., comme les Ismaéliens et les Qarmates de leur type, sont connus, notoires, anciennement et récemment [87]. La puissance appartenant aux Musulmans aux Levants de la terre et ses Ponants tient à leur puissance. Voilà pourquoi, quand ils ont été défaits en l'an 699, il s'est abbatu comme avilissement et l'infortune sur les gens de l'Islam, aux Levants de la terre et en ses Ponants, quelque choses à ce sujet, qu'il n'y a pas lieu d'évoquer ici.

Ce que les habitants du Yémen, en ce moment, sont faibles, incapables de Jihad ou le laissant aller à vau-l'eau, et obéissent à quiconque domine ces pays; à tel point qu'ils sont dits avoir envoyé à ceux-là [88] un message de soumission et d'obéissance.

Quand le roi des associateurs [89] est arrivé à Alep, il s'y produit comme meurtres ce qui s'est y produit.

La plupart des des habitants du Hijaz, ou beaucoup d'entre eux, sont hors la loi. Il y a parmi eux comme innovations, égarement et dépravation, quelque chose que nul ne connaît sinon Allah. Parmi eux, les gens de la Foi et de la Religion se trouvent affaiblis et impuissants. En ce moment, la force et la puissance appartiennent seulement, en ces contrées, à d'autres que les gens de l'Islam. Si ce groupe [90] était avili - et, là-contre, on se réfugiera auprès d'Allah le Très-Haut -, au Hijaz les croyants seraient d'entre les plus avilis des hommes; d'autant plus que le Râfidisme l'emporte parmi eux. Le roi de ces Tatars guerroyant contre Allah et contre Son Messager est maintenant acquis au Râfidisme; s'ils l'emportaient, le Hijaz serait totalement corrompu.

Quant aux pays de l'Ifriqiya, les Bédouins y prédominent, qui sont d'entre les pires des créatures ou, même qui méritaient de faire l'objet de Jihad et de campagnes militaires [91].
L'extrême-Maghreb enfin : alors que les Francs se sont rendus de la plupart de leurs pays, les Maghrébins n'assument pas, là-bas, le Jihad contre les Nazaréens [92]. Bien plutôt, il y a dans leur armée énormément de Nazaréens portant des croix ! Si les Tatars se rendaient maîtres de ces pays-ci, les gens du Maghreb, avec eux, seraient d'entre les plus avilis ; d'autant plus que les Nazaréens interviendraient avec les Tatars et qu'ils viendraient à former, contre les gens du Maghreb, un seul parti [93].

De tels faits, et d'autres, sont d'entre les choses qui rendent manifeste que cette troupe de Mamelouks dirigeant en ce moment la Syrie et l'Égypte est la phalange de l'Islam. Leur puissance est la puissance de l'Islam et leur avilissement l'avilissement de l'Islam.

Si les Tatars se rendaient maîtres d'eux, il ne resterait de l'Islam ni puissance, ni parole ayant le dessus [94], ni groupe victorieux, ayant le dessus, que les gens de la terre craindraient et qui combattrait pour lui [95].

à suivre...

___________________________________

[80] Ville du Nord-Ouest de la Mésopotamie, sur la rive orientale de l'Euphrate, marquant la frontière entre le sultant Mamelouk et l'empire îlkhânide (l'actuelle Birecik, 65 km à l'Est de Gaziantep, Turquie); voir M. Streck – V. J. Parry, article Bîredjik, in Enc. de l'Isam; Nouv. éd., t. 1, p. 1270-1271.

[81] Ville natale d'Ibn Taymiyya (l'actuelle Harran, 45 km au Sud-Est d'Urfa, Turquie); voir G. Fehervari, art. Harrân, in Enc. de l'Islam, Nouv. éd., t. 3, p. 234-237.

[82] Ville du Nord de la Syrie, sur la rive Est de l'Euphrate, peu avant le confluent du Nahr Balîkh; voir E. Hinigmann, art. Al-Rakka, in Enc. de l'Islam, 1ère éd., t. 3, p. 1185-1187.

[83] L'ancienne Samosate, sur la rive droite du haut Euphrate (l'actuelle Samsat, 61 Km au Nord-Ouest d'Urfa, Turquie).

[84] La longitude de Médine est 39.36 E, celle de la Mecque 39.49 E. Contrairement à ce qu'affirme Ibn Taymiyya, Al-Bîra ne se trouve pas à la même longitude que Médine mais plus à l'Ouest (37.58 E). Autre erreur du grand Shaykh Ibn Taymiyya, alors même que les trois villes qu'il situe sur le méridien de la Mecque sont bien à l'Est d'Al-Bîra, elles se situent à l'Ouest, non seulement de la Mecque mais, aussi, de Médine : la longitude de Harrân est 39.00 E, celle d'Ar-Raqqa 39.01 E, celle de Samîsât 38. 31 E.

[85] Jérusalem. Cf. Ahmad Ibn Hanbal dans son « mousnad » , t. 5, p. 269.

[86] Les Mamelouks

[87] Ibn Taymiyya fait sans doute allusion ici aux deux expéditions menées par les autorités mamelouks – et auxquelles lui-même participa- contre les diverses sectes chiites du Kasrawân et du Sanîn en 699 H/été 1300 G et 704 H/été 1305; cf. H. Laoust, Essai, p. 59-60, 124; Biographie, p. 125, 134.

[88] Les Mongols

[89] Ibn Taymiyya fait vraisemblablement allusion au très meurtrier sac d'Alep par les Mongols de Hoûlâgoû en 658 H / 1260 G (cf. Al-Bidâya wa An-Nihâya d'Ibn Kathîr , t. 13, p. 231-232; Maqrizi, Histoire, trad. Quatremère, t. 1, p. 90. À l'époque où Ibn Taymiyya écrit, Alep est loin de s'être relevée de ce désastre (cf. J. Sauvaget, art. Halab, in Enc. de l'Islam, Nouv. éd., t. 3, p. 90).

[90] Les Mamelouks.

[91] En ce début du 7ème H / 14ème G siècle, le royaume berbère des Hafsides de Tunis est divisé en deux parts suite à des querelles dynastiques et l'agitation bédouine y est intense. Plus à l'Ouest, le royaume berbère des Abd Al-Walides de Tlemcen est menacé dans son existence même par la politique expansionniste des berbères marînides de Marrakech.

[92] Suite à la désastreuse défaite des Almohades à Las Navas de Tolosa en 609 H / 1212, la Reconquista s'est accélérée : Cordoue est tombée en 1236 G, Séville en 1248 G. De la glorieuse Andalousie musulmane ne survit déjà plus, à l'époque d'Ibn Taymiyya, que le sultanat nasride de Grenade, lui-même vassal et tributaire de la couronne de Castille. La dynastie marînide de Marrakech (fondée en 668 H/1269 G) tentera en vain de s'opposer à la Reconquista : les trois campagnes qu'elle mènera contre les Castillans avant la fin du 7ème / 13ème siècle.

[93] Perspective nullement irréaliste eu égard à l'intensité des contacts entre les Îl-Khâns et la papauté à l'époque où Ibn Taymiyya écrit ces lignes . Lors de l'arrivée des Mongols au proche-Orient, les nazaréens nourrirent à leur égard d'aussi grandes appréhensions que les Musulmans. En revanche, quand, après la défaite tatare de 'Ayn Jâloût (658 H/ 1230 G), le mamelouk Baybars commença à attaquer les colonies franques de Syrie, la papauté chercha résolument à se rapprocher des Îl-Khâns. « à partir de 1264 G, ambassades chrétiennes et mongoles ne cessèrent de se succéder pour essayer de dresser un plan de campagne commun » contre le sultanat égypto-syrien (M. J. Richard, Le début des relations entre la papauté et les Mongols de Perse, in Journal Asiatique, Paris, t. CCXXXVII, 1949 G, p. 291-297, p. 297. Voir aussi l'ouvrage de J.-P. Roux, Les explorateurs au Moyen Âge, Fayard, Paris, 1992 G). La lettre envoyé par Ghâzân au pape Boniface VIII en 1302 G, un an avant sa troisième entreprise contre la Syrie, témoigne de négociations visant à mettre au point une attaque contre les Mamelouks.

Il vaut la peine de mettre ces craintes d'Ibn Taymiyya en parallèle avec le franciscain Raymond Lulle exprime à la même époque son Livre des cinq sages : « Il est à craindre que les Sarrasins ne convertissent à leur secte les Tartares. Cette conversion est facile; et, si elle se faisait, les Sarrasins n'auraient pour ainsi dire plus de peine à détruire le peuple nazaréen » (cité in Histoire littéraire de la France, t. XXIX, 1885 G, p. 102).

[94] Cf. le verset 40 de la sourate 9 :

﴾ وَجَعَلَ كَلِمَةَ الَّذِينَ كَفَرُواْ السُّفْلَى وَكَلِمَةُ اللّهِ هِيَ الْعُلْيَا ﴿
﴾ Il mit à bas la parole de ceux qui mécroyaient, la parole d'Allah ayant le dessus ﴿

[95] À en juger par l'aman ou le firman de Ghâzân lus en chaire à Damas au mois de Rabi' II 699 H / janvier 1300 G ( et dans lesquels il serait trop facile de ne voir que propagande et désinformation), ce panégyrique taymiyyen des Mamelouks constate pour le moins avec le jugement que les Mongols portent sur le régime de leurs ennemis : « Nous avons appris que les souverains de l'Égypte et de la Syrie sont sortis de la voie de la religion, qu'ils ne sont pas attachés aux prescriptions de l'Islam, qu'ils violent les pactes qu'ils ont contractés, qu'ils se lient par des serments qu'ils ont l'intention de pas tenir, qu'il n'y a rien à attendre d'eux, ni respect de leurs engagements, ni honneur, que leur politique ne connait aucun esprit de suite, ni aucune ordonnance, que chacun de ces souverains, quand il arrive au pouvoir, se précipite sur la terre pour y porter le malheur, pour y dévaster les champs, pour anéantir les moissons qu'ils portent, et les hommes qui les cultivent; Allah n'aime pas le désordre, et c'est un fait patent que chacun d'eux pris pour règle manifeste de conduite d'opprimer le peuple., d'étendre des mains criminelles contre ses femmes et ses biens, de s'écarter de la voie droite et de la justice et de l'équité, tandis qu'ils les écrasent de leur violence et tyrannie, en conduisant avec nous une foule innombrable de soldats. Nous sous sommes juré à nous-même, si Allah, le Très-Haut, nous permettrait de conquérir cet empire, de le délivrer de l'oppression et du mal qui y règnent, d'y répandre la justice et les bienfaits sur tous les hommes, pour nous conformer à l'ordre divin... »
( in Histoire d'Ibn Abi Al-Fadâ'il, trad. Blochet, t. XIV, p. 641-642; voir aussi p. 649.

Un « pro-mameloukisme » religieux aussi manifeste que celui d'Ibn Taymiyya se retrouve chez plusieurs autres auteurs, par exemple ses contemporains Ibn Wâsil (ob. 697H/1298G) et Ibn Fadl Allâh Al-'Oumari (ob. 749H/1349G) ou, plus tard, chez Ibn Khaldoûn.

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MessageSujet: Re: Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis   Mar 21 Juin - 8:58

Ibn Taymiyya, les Tatars et les Pseudo-Salafis
(8ème partie)


Comparaison entre la situation des Tatars et des gouverneurs contemporains s'affiliant à l'Islam

Pour visualiser le diagramme représentant la situation des Tatars, des Mamelouks et des gouverneurs des pays « musulmans » de notre époque, veuillez cliquer sur le lien suivant :


http://ddata.over-blog.com/3/78/60/27/diagramme2.pdf


à suivre...
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